ATAU L'AN CONTAT 

 

contes deu Vasadés

collectats per

BRUC E BRANA.

 

 

 

 

LE VEUF BERNARD

Chez nous, il y a bien longtemps, demeuraient le Bernard et la Bernarde, c'étaient deux vieux, pauvres comme on l'était autrefois, ils avaient quelques poules, quelques lapins et une vache bretonne qui leur donnait un peu de lait, et qui les aidait à vivre.

Un jour, la Bernarde mourut. Elle était usée par le travail et la misère. Le Bernard se fit une raison, ce dernier voyage tout le monde doit le faire les uns après les autres. Et il continua son petit train-train ...

Mais bientôt six mois après, la bretonne creva. Alors là le Bernard fut bien malheureux, et il pleura, et pleura, et pleura ... Un jour, le curé alla le trouver pour essayer de le raisonner un peu :

- Mais enfin Bernard, vous n'avez pas pleuré quand votre femme est morte et maintenant vous n'arrêtez pas de pleurer votre bretonne !

- Mais que voulez-vous Monsieur le Curé, depuis que ma femme est morte, on m'a offert quatre ou cinq femmes. Mais il n'y a personne qui m'ai offert une seule bretonne !

 

 

LE VENT DU NORD

Dans un concours de nez, sûr que l'Isidore aurait le grand diplôme et la médaille d'or. Il faut voir son nez et il ne faut pas de loupe pour penser qu'il existe un nez d'un pareil profil : une quille pareille c'est un article unique, et aussi n'a-t-il pas l'air d'être tant anémique. À côté d'un pompon pareil, pauvres coquelicots, si rouges que vous soyez, vous seriez bien pâlots.

Cette année, pour Noël, comme c'est la tradition, l'Isidore faisait, en famille, le réveillon et je vous dirais que plus le repas s'allongeait, à vue d'œil, son nez s'illuminait aussi. Aussi bien aurait-on parié que rien qu'à sa rougeur, la bruyère aurait pris feu comme de l'amadou.

- Dis-moi, lui dit son oncle, si je ne suis pas indiscret, neveu, comme le nez te profite et s'allume, on dirait que tu l'as, ce soir, frotté au papier de verre ! Tu devrais consulter quelqu'un pour le faire pâlir et peut-être que tu saurais de quelque façon la cause qui te fait un pareil phénomène …

- C'est le vent du nord qui me gerce, tonton !

Mais, il n'a pas fini de parler que sa femme, une rude gaillarde autant que franche et bonne vivante, lui présente son verre et lui dit :

- Isidore, tu oublies de servir ! Donne-moi de ce Vent du Nord !

 

 

 

LE BERGER ET LE MONSIEUR

Il y a quelques années, chez nous, il y avait un berger qui gardait son troupeau dans un pré, après que le foin eut été ramassé. À un moment donné, s'y arrête une belle auto et un monsieur bien habillé descend et s'approche du berger :

- Si je parviens exactement à vous dire combien vous possédez de moutons, m'en donnerez-vous un ?

- Ah oui Monsieur, avec plaisir ! dit le berger.

Le monsieur se met à compter, il sort sa machine à calculer, tac-tac-tac-tac … et annonce le compte :

- Six cent soixante-dix-sept !

- Ah le fils de pute d'homme, dit le berger, eh bé, vous avez gagné !

Le monsieur attrape un animal, il est prêt à le charger dans l'auto et à démarrer, quand le berger lui demande :

- Mais Monsieur, si je devinais votre métier, est-ce que vous me rendriez ma bête ?

- Ah bien entendu, dit le monsieur.

- Eh bien, Monsieur, vous êtes énarque.

Le monsieur, bien surpris, dit :

- Comment avez-vous fait pour deviner ?

- Mais, Monsieur, c'est mon chien que vous avez pris à la place d'un mouton !

 

 

MON VOYAGE DE NOCE

Je vais vous raconter notre voyage de noce. Ce n'était pas comme maintenant, hé, ils n'ont que ça dans la tête, partir à l'étranger. Nous autres … pftt … à la maison. Il n'y a pas longtemps, hein … il n'y a guère que quarante-sept ans … quarante-huit … quarante-huit ans ! Hé … faites-en autant !

Et ma foi nous nous sommes mariés. Tout s'est bien passé. Le lendemain nous recommençâmes à faire la noce. Nous étions treize dans une Hotschquiss (berline des années 40). En passant à Saint-Symphorien, il y en a un qui dit :

"On a chargé, eh, mamé !

- Oui, je vois ça !Et on y va …

Nous rentrâmes le soir. Mais nous avions des vaches, le lendemain il fallut aller cueillir la bruyère pour pailler les vaches.

Et nous voilà partis. Comme taxi, c'était une charrette avec les roues ferrées, ce n'était pas moderne comme maintenant, hé. Un banc : une planche, et dans les chemins ! Ils ne sont pas trop bons hé, les chemins, hé ! Et bric et broc, et d'un bord et de l'autre… Tout d'un coup, CRRRAC ! la planche se casse, au fond de la charrette…

- Francis et toi ?

- Et tous les deux ! Tous les deux au fond de la charrette. La mule continua son voyage comme si de rien n'était. Nous nous relevâmes, partîmes charger la charrette de bruyère et nous nous en retournâmes.

Et voilà notre voyage de noce, il s'est terminé comme ça.

 

 

LE DIABLE ET LE GEMMEUR

Cette histoire me fut racontée par un ami, à qui le gemmeur encore tout ébahi avait parlé de sa rencontre avec le diable. Cela se passait dans les années trente, quand la gemme faisiat vivre le patron et le gemmeur. Ce temps-là est révolu.

Le Pierre de Lègue avait préparé sa besace le soir après souper : un reste de soupe dans une petite marmite, un beau morceau de pain, deux tranches de ventrèche, un oignon, une bouchée de croûte-rouge, mais surtout deux bouteilles de méchant vin, un peu piqué car ça se passait au mois d'août quand il faisait chaud.

Le lendemain matin à la pointe du jour, la femme et les gamines encore couchées, il prit sa besace, le hapchot et sa méchante bicyclette. Quand il arriva dans les pins, il commença à piquer et s'arrêta vers huit heures pour déjeuner avec un morceau de pain, l'oignon, sans oublier de boire trois coups de vin.

À midi, content de sa matinée, il s'installa à la cabane pour dîner. Il fit chauffer la soupe et cuire la ventrèche. Il faisait chaud. Aussi, les bouteilles furent-elles vite bues … Il se roula une cigarette et après, bien à l'ombre, il s'allongea pour faire une bonne sieste.

Quand il se réveilla, le soleil avait baissé. Il bailla, se fit une autre cigarette et tout d'un coup il aperçut une bête couchée au pied d'un chêne.

"Tiens, ce dit-il, ce doit être une vache qui s'est échappée !"

En s'approchant il s'aperçut qu'il s'était trompé. La bête avait une selle et un harnais bien astiqué. Il se dit : "C'est un cheval. Ce doit être un cheval de la chasse à courre de Caryon qui s'est échappé. Je vais le leur ramener, ils me donneront une bonne pièce."

Il fit lever le cheval et, tout étonné, il le trouva bizarre. Il avait les pieds fourchus et une paire de cornes. Il pensa aussitôt à Saint-Michel ; il y avait un cirque et ils l'ont perdu ... "Je vais le leur ramener."

La bicyclette d'une main, le licou dans l'autre, il prit le chemin du Pas Bordelais, et tranquillement la bête suivait.

De temps en temps, le Pierre se retournait pour voir si le cheval était sage. Quand il arriva aux vignes du Pessilla, il se retourna une dernière fois. Tout étonné,, le cheval avait disparu et il commença à avoir peur.

Il monta sur sa bicyclette en pédalant tellement vite qu'il en tirait la langue. Il arriva à la Vignasse où, encore tout épouvanté, sans pouvoir trop parler, il arriva à raconter ce qu'il lui était arrivé.

- Pensez donc, leur dit-il, je viens de voir le diable et j'en tremble encore tellement j'ai peur !

Mais le Roumégous lui dit :

- Tu as dû te tromper, le diable ne vient pas la journée !

- Je te dis qu'il avait les pieds fourchus !

Et quand cette histoire est arrivée, beaucoup de gens, et tous, pensèrent qu'il avait dû rêver ou que le vin était coupable de cet événement.

 

 

 

 

 

 

I. LO BERNAT VESON.

A nòste, i a bèra pausa, i damorava lo Bernat e la Bernada, èran dus vielhs, praues com èran d'autescòps, avèn quauquas polas, quauques lapins e una breta que les-i hasèva un chic de lèit, e que los aidava a víver.

Un jorn, la Bernada morit . Èra usada per lo trabalh e la misèra. Lo Bernat se hit una reson, aqueth darrèir viatge tot lo monde aupè lo har los uns après los auts. E contunèt son petit trin ...

Mès benlèu, shèis mes après, la breta se crebèt. Lavetz aquí lo Bernat estit bien malurós, e plorar, e plorar, e plorar ... Un jorn, lo curè angot lo trobar, per sajar de la resonar un chic :

- Mès anfin, Bernat, atz pas plorat quan vòsta hemnanes mòrta e adara n'arrèstetz pas de plorar vòsta breta !

- Mès que vòletz Mossu'u Curè, dempui que ma hemna es mòrta, m'an aufrit quate o cinc hemnas. Mès n'i a pas digun que m'augi aufrit una sola breta !

(contat per Pascal Losse, de Gajac)

 

  

 II. LO VENT DE NÒRD.

Dens un concors de nas, solide que l'Isidòr qu'auré lo gran diplòma e la medalha d'òr. Fau véser son piton e ne fau pas de lopa per pensar qu'exista un nas atau de copa : una quilha atau es un article unique, e tanben que n'a pas l'èr d'estar tant anemique. Près d'un pompon atau, praubes coquelicòts, tan rotges qu'ètz, seretz bien palishòts.

Arunan, per Nadau, com es la tradicion, l'Isidòr hasèva, en familha, lo revelhon e vos dirèi que mei lo repàs s'alongava, qu'a vista d'ulh, tanben son nas s'illuminava. Tanpauc, qu'aurén pariat qu'arren qu'a son ardor, lo bruc auré pres huc com amadou.

- Dic-me, li ditz son oncle, se ne sui pas indiscret, nebot, com lo nas te profita e s'aluca, dirén que l'as, desseir, hrobit a la gratusa ! Diurés tu consultar quauqu'un per lo héser pallir e benlèu que saurés de quauqua raison la causa que te hèi un parelh phénomène …

- Aquò's lo vent de nòrd que me lo rima, toton !

Mès n'a pas acabat de parlar que sa hemna, una ruda galharda autant que franca vitona, li presenta son veire e li ditz :

- Isidòr, t'oblidas de servir ! Balha-me'n de 'queth Vent de Nòrd !

(tèxt de Florimont, contat preu Jean Daney de Fargas de Lengon).

 

 

 

III. L'AULHÈIR E LO MOSSUR.

I a quauques ans, a nòste, i avè un aulhèir qui gardava son tropèth dens un prat, un còp que le hen estot tirat. Un moment balhat, s'i arrèsta una bèra auto e un mossur bien abilhat davèra e s'apròcha de l'aulhèir :

- Si je parviens exactement à vous dire combien vous possédez de moutons, m'en donnerez-vous un ?

- Ah oui Mossur, dab plaser ! ce ditz l'aulhèir.

Lo mossur se met a comptar, se tira sa machina a carcular, tac-tac-tac-tac … e anonça lo compte :

- Six cent soixante-dix-sept !

- Ah ! lo hilh de puta d'òme, ce ditz l'aulhèir, e ben, atz ganhat !

Lo mossur se gaha un alimaut, es près a lo carcar dens l'auto e a desmarrar, quan l'aulhèir li demanda :

- Mès Mossur, se deviavi vòste mestèir, es que me torn'retz ma bèstia ?

- Ah bien entendu, ce ditz lo mossur.

- E ben, Mossur, dívetz èster enarca.

Lo mossur, bien susprés, ce ditz :

- Comment avez-vous fait pour deviner ?

- Mès, Mossur, es mon can que vos atz pres a la plaça d'una aolha !                               

(contat preu Pascal Losse de Gajac).

 

 

IV. MON VIATGE DE NÒÇA.

Vau vos contar nòst viatge de nòça. Èra pas com adar, eh, n'avèn pas qu'aquò dens lo cap, partir a l'estrangèir. Nosautes … pftt … a l'ostau. N'i a pas pausa, eh … n'i a pas sonque quaranta-sèt ans … quaranta-ueit … quaranta-ueit ans ! Eh … hètz-ne'n autant !

E ma fòi nos èm maridats. Tot s'es bien passat. Lo lendomans tornèrem har nòça. Èram tretze dens una Hotschquiss. En passant a Sent Sefrian, n'i a un que ditz :

"Am carcat, eh, mamè !

- Òc, qu'ic vesi !"   E no'n vam …

No'n tornèrem lo desser. Mès avèm vacas, lo lendomans falut anar cuélher bruc per palhar las vacas.

E nos valà partits. Com taxi, èra una carreta dab las arròdas de fèrre, n'èra pas modèrne com adara, eh. Un banc : una plancha, e dens los camins ! Son pas tròp bons, eh, los camins, eh ! E bric e bròc, e d'un bòrn e de l'aut … Tot d'un còp, CRRRAC ! la plancha se còpa, au hons de la carreta …

- Lo Francís e tu ?

- E tots dus ! Tots dus au hons de la carreta. La mula contunèt son viatge com s'arren n'èra. Nos amassèrem, angúrem carcar la carreta de bruc e ne'n tornèrem.

E valà nòst viatge de nòça, se terminèt atau.

(contat per la Christiane Califourg de Guilhòs).

 

 

 

V. LO DIABLE E LO PINHADÈIR.

Aquesta istoara me fut contada per un amic, a qui lo pinhadèir enqüèra tot esbahit avè parlat de sa rencontra dab lo diable. Se passava dens las annadas trenta, quan la gema hasèva víver lo patron e lo pinhadèir. Aqueth temps es acabat.

Lo Pierre de Lèga avè preparat la biaça lo dessèir après sopar : un reste de sopa dens un marmitòt, un bèth tròç de pan, duas tranchas de ventresca, un onhon, un boucin de croûte-rouge, mès sustot duas botelhas de maishant vin, un chic picat car aquò se passava au mès  d'aost quan hasèva calor.

Lo lendoman matin a la punta deu jorn, la hemna e las drolessas enqüèra encochadas, se prengut la biaça, lo hapchòt e sa maishanta bicicleta. Quan arribèt dens los pins, comencèt a picar e s'arrestèt entà uiet òras per dejunar dab un tròç de pan, l'onhon, shap oblidar de béver tres còps de vin.

A mijorn, content de sa matiada, s'installèt au caban per disnar. Se hit cauhar la sopa, còser la ventresca. Hasèva calor. Tanben, las botelhas esturen viste voitas … Se rotlèt una cigarreta e après, bien a l'ombra, s'ajaquèt per héser una bona siesta.

Quan se revelhèt, lo sorelh avè baishat. S'esbadalhèt, se hit una auta cigarreta e tot d'un còp s'apercebut d'una bèsta cochada au pè d'un casse.

"Qué, se dishut-eth, e diu estar una vaca qu s'es escapada !"

En s'aprochant s'apercebut que s'èra trompat. La bèsta avè una sella e un bridon bien asticat. Se dishut : "Es un chivau. Diu estar un chivau de la casça a córrer de Caryon que s'es escapat. Se vau les-i tornar, me balharàn una bona pèça."

Hit livar lo chivau e, tot estonat, lo trobèt bizarre. Avaè los pès horcuts e un parelh de còrns. Pensèt autanlèu a Sent Miquèu ; i avè un cirque e l'an perdut ... "Vau les-i menhar."

La bicicleta d'una man, lo licòt a l'aute, prengut lo camin deu Pas Bordalés, e tranquillament la bèsta seguiva.

De temps en temps, lo Pierre s'arrevirava per véser si lo chivau èra sage. Quan arribèt a las vinhas deu Pessilhar, s'arrevirèt un darrèir còp. Tot estonat,, lo chivau avè dispareishut et comencèt a aver paur.

Montèt sus sa bicicletta en pedalant talament bien vite que ne'n tira la lenga. Arribèt a la Vinhassa on, enqüèra tot espauvarit, sahètz poder tròp parlar, arribèt a racontar ce que li èra arribat.

- Pensatz donc, les-i dishut, veni de véser lo diable e ne'n trembli enqüèra talament èi augut paur !

Mès lo Romegós li dishut :

- As divut te trompar, lo diable ne ven pas la jornada !

- Te disi que s'avè los pès horcuts !

E quan aquesta istoara es arribada, hòrt de gents, e tot, pensèren que augè divut revar o lo vin èra copable de 'queth evenement.

(contat preu Marc Dubourg de Landiràs)

 

 

 

 

 

 

 

CONTES MEDOQUINS

  

reculhits en Medòc

per l'Alan Viaut.

 

LE REBOUTEUX DE GRAYAN.

Il y avait à Grayan toute une famille de rebouteux. Le premier s'appelait Laporte et était surnommé "Bras-de-fer".

On disait qu'il avait trouvé un crucifix brisé sur la côte, au bord de l'océan. Il en avait rajusté les morceaux que la marée avait rejetés sur la plage.

On disait que le don de remettre les membres en place lui était venu d'avoir refait cette croix dont l'origine était inconnue.

C'était un homme fort et adroit !... Si quelqu'un se démettait l'épaule, on l'emmenait à Grayan. Bras-de-fer attachait la personne à un platana, il s'asseyait sur une chaise et, avac une corde, tirait tant qu'il pouvait. Il remettait ainsi l'épaule en place.

Bras-de-fer était renommé dans toute la contrée. Les gens venaient le visiter de loin. Il guérissait tout le monde. Mais les médecins n'étaient pas contents et ils le dénoncèrent à la justice.

Ils le firent venir à Bordeaux, à la Faculté, devant toutes les célébrités de la médecine. Un professeur lui donna un squelette défait à remonter. Mais il en avit retiré deux petits os.

Or, Bras-de-fer sut très bien remonter le squelette devant ces grands médecins. Et il dit que tel ou tel os lui manquait. Les autres n'en revenaient pas … Car il n'avait jamais étudié, lui.

Les hommes étaient tous rebouteus dans la famille Laporte. Mais ils n'avaient jamais d'enfants avec leurs femmes. Ils se passaient les secrets d'oncle à neveu.

 

 

LE MOIS DE FEVRIER ET LA VIEILLE. 

Une année, l'hiver avait été très doux. Et le dernier jour du mois de février, une vieille disait :  

- Huurèir, huurís  /   As passat. Ne t'èi pas vist ! 

  Février, février  /  Tu es passé. Je ne t'ai pas vu ! 

La vieille était contente. Elle n'avait pas souffert de l'hiver, ni d'ailleurs son bétail. Les vaches et les veaux se portaient bien. Elle croyait l'hiver fini avec toutes ses misères. Et elle se moquait de février. 

- Huurèir, huuriòu  / As passat. Sens me har fòrt de pòur ! 

  Février, février  /  Tu es passé. Sans me faire très peur ! 

Mais, à la fin, ces moqueries déplurent à Février. Il s'en fut trouver Mars et lui dit : 

-  Mars, pourrais-tu me rendre un service ? 

    Presta-me dus ò tres jorns,  /  Presta-me-los, que n'èi besonh,   

    Presta-me'n tres, presta-me'n quate ; /  Emb d'aquò vòi la velha abàter.  

 (seguida a la dreita >>>)

 

 

  

LE CHEVAL "TÉLET".

Les sorciers allaient au Prat Lauret depuis le Verdon sur un cheval blanc nommé Télet. Chaque fois que le cheval s'arrêtait pour prendre un nouveau sorcier au passage, le sorcier qui le conduisait disait :

- Estira-te Telet !  /  Hèi plaça end aqueth.

 

 

 

 

LE BALAI DE LA SORCI|ÈRE 

Il y avait dans le pays une femme qui allait au sabbat. Le soir, avant de partir, elle balayait sa cuisine ainsi que le foyer. Puis elle disait :

- Flinga balèia  /  Per la caminèia.

 

 

 I. LO RENJAIRE DE GRAIAN.

A Graian ie avè tota una familha de renjaires. Lo premèir s'aperava Lapòrta, e pre jafre Braç-de-fèrt.

Didèvan qu'avè trobat un crucific cassat sus la còsta, au bòrn de la grand mar. Alavetz avè rajustat los tròc. Aquò'ra la marèia quelos avè gitats sau linhòu.

Enfin, didèvan que lo don de reméter los membres en plaça ie avè vingut d'aquò, d'aier rehèit aquera crotz que sabèvan pas d'ont vinè.

Era adreit e fòrt aqueth òme !... Se quauqu'un se desmanchava l'espatla, lo menavan a Graian. Estacava l'òme a un platane, Braç-de-fèrt éra sus una shèira, e abèque une còrda … e tirar, e tirar … Apèi ie remetè son espatla en plaça.

Braç-de-fèrt èra renomat dens tota la contrada. L'òm vinè lo veire de lonh. Garissè tot lo monde. Mès los medecins n'èran pas contents e lo denoncèren a la justiça.

Los hiren venir a Bordèu, a la Facultat, davant totas las celebritats de la medecina. Un professurt ie doèt una esqueleta tota dehèita a remontar. Mès n'avè tirat dus petits òs.

E bé, Braç-de-Fèrt sabut fòrt bien remontar l'esqueleta davant tots aqueths grands medecins. E dishut que ie mancava tau e tau òs. Los autes ne'n revinèn pas … 'Quò 's que eth n'avè jaès estejudat.

Eran tots renjaires, los òmes, dens la familha Lapòrta. Totun n'avèn jamès de mainatges emb lurs hemas. Los secrets, se los passavan d'oncle a nebot.

 

 

 

II. LO MES DE HUURÈIR E LA VELHA.

 

 (>>> seguida)

                  Prête-moi deux ou trois jours,  /  Prête-les moi car j'en ai besoin  / 

  Prête-m'en trois, prête-m'en quatre ; / Je les veux pour abattre la   vieille. 

Cette année-là, le mois de mars prêta donc quatre jours à Février et le mauvais temps commença aussitôt : de la pluie et du vent, de la neige et de la grêle. Il fit si froid les quatre premiers jours de mars que tout le troupeau de la malheureuse vieille mourut. Elle ne riait plus maintenant, et disait :

- Març, martèras,  /  Tua vacas e vedèras.  / 

   Març, marterau,  /  Tua vacas e mairau.

   Mars, froidure,  /    Tue vaches et velles.  /

  Mars, froidure,  /    Tue vaches et vacher. 

Ensuite, la pauvre vieille, elle aussi, mourut de froid en face du feu. Depuis, on dit :

- Lo mes de huurèir  /  Tua la velha a son hoguèir.

  Le mois de février /   Tue la vielle à son foyer.

 

 

 

III. LO CHIVAU "TELET".

Los sorcièrs anavan au Prat Lauret dempuish lo Verdon sus un chivau blanc sonat Telet. Cada còp que lo chivau s'estancava per préner un sorcièr navèth en passar, lo sorcièr que condusiva disèva :

- Estira-te Telet !   /  Hèi plaça end aqueth.

   Étire-toi, Télet !  /  Fais une place à celui-ci.

 

 

 

IV. LA BALÈIA DE LA SORCIÈRA.

Un còp èra, dens lo país, ua hemna que se'n anava au sabat. Lo ser, abans de partir, escobejava sa cosina com lo larèr. Puish disèva :

- Flinga balèia  /  Per la caminèia.

   File balai       /  Par la cheminée.

 

 

 

UN CONTE DE NADAU 

 

La nueit de Nadau.

 

Autrefois, on disait que les bœufs parlaient la nuit de Noël. Ils ne pouvaient parler qu'à ce moment, sur le coup de minuit. Il paraît que le bon Dieu leur avait donné ce pouvoir pour les récompenser de l'avoir réchauffé dans la crèche, car sans eux il serait mort de froid.

Mais on disait également qu'il ne fallait pas essayer de les écouter : cela portait malheur ! Tous devaient rester à la veillée de Noël en face de la bûche de chêne qui avait été mise dans le feu et que l'on veillait jusqu'à minuit, à l'heure où le bon Dieu était né.

Cependant, une fois, quelqu'un ne voulut pas le croire. Il alla écouter derrière la porte de l'étable. Et à minuit il entendit Castà qui parlait à Merlé :

-   Que harem deman, camarada ?

Et l'autre lui répondit :

-   Deman, airem portar noste mèste a la tèrra.

L'homme fut effrayé. Il rentra se coucher. Mais le lendemain matin, on le trouva mort.

Alors il fallut bien atteler Castà e Merlé afin qu'ils portent leur maître au cimetière.

 

 

 

 

 

 

 

Bèth temps a, disèvan que los bueus parlavan la nueit de Nadau. Ne podevan parlar sonque ad aqueth moment, suu còp de mijanueit. Pareish que lo bon Diu lor balhèt aqueth poder per los recompensar de l'aver recauhat dens lo presep, percé, shens eths, seré mòrt de hred.

Mes disevan tanben que faleva pas ensajar de'us escotar : aquò portava malastre ! Cadun divèva damorar a la velhada de Nadau, cap au capsau de casse que's consumiva dens lo huc e que velhan dinc a mijanueit, a l'òra on lo bon Diu èra vasut.

Totun, un còp, un òme volut pas ic créser. Se'n anut escotar, darrèir la pòrta de la bòrda. E, a mijanueit, entenut sus bueus, lo Castà que disèva au Merlé :   -   Que harem deman, camarada ?

E l'aut de respóner :

-   Deman, airem portar noste mèste a la tèrra.

L'òme estot espaurit. Dintrèt se cochar. Mes l'endoman matin, li troubavan mòrt.

Alavetz falot plan júnher lo Castà e lo Merlé per que portèssin lor son meste au segrat.

(contat a l'Esparra en Medòc).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CONTES DE GARONA,

 LO MONDE TAU COM ES

 

 

de Jacques Boisgontier.

 

 

 

CORNENCUL

La mère de Cornencul avait des crevasses à la main. Elle lui dit :

Tu vas aller me chercher de la graisse pour mettre sur mes crevasses.

Alors, en revenant, il passait sur un chemin où il y avait des crevasses …

Oh ! mon pauvre chemin, comme tu dois souffrir ! Ma mère en a aux mainsetelle souffre tant! …Attends…Je vaist'en mettre, de la graisse …

E pardi, il se met à mettre de la graisse … Mais il en a manqué !

En arrivant à la maison, sa mère lui dit :

Où as-tu la graisse que tu m'as portée ?

Oh ! ma pauvre, je l'ai passée au chemin qui avait des crevasses grosses comme tout. Comme il devait souffrir ce pauvre chemin ! ...

 

Une autre fois, on lui avait dit de faire prendre à sa mère de la tisane de chiendent. Mais on lui avait dit en français : « de la tisane de chiendent ». Alors lui, il avait compris « de la merde de chien blanc ». Alors il cherchait de la merde de chien blanc.

Et le jarret de veau … Le médecin lui avait dit qu'il fasse du bouillon de jarret de veau. En français, « du jarret de veau ». Et il cherchait partout des veaux … Il le s a pris où il y en avait, il les a ramassés dans les prés … pour en remplir une pleine charrette !

 

 

I. CÒRNAUCUU.

La mair de Còrnaucuu avè de las crebassas a la man. E ie dishut :

Vas anar me quèrre de la grèisha pre mèter a mas crebassas.

Alòrs, en se'n tornant, passava ses un camin que i avè de las crebassas …

Ò ! praube camin, come dives sofrir ! Ma mair que n'a a las mans, que sòfre tant ! … Atend … Vauc te'n mèter, de la grèisha …

E pardí, se mèt a mèter de la grèisha … Mès ne'n mancat !

En arribant a son ostau, sa mair ie ditz :

A'nt es la grèisha que m'as portat ?

Ò ! ma prauba, l'èi mesa au camin qu'avè de las crebassas qu'èren gròssas come tot. Come divè sofrir aqueth praube camin ! …

 

Un aute còp, i avèn dit de har préner a sa mair de la tisana de centeneia. Mès i avèn dit en francés : « de la tisane de chiendent ». Alòrs eth, avè comprís « de la merde de chien blanc ». Alòrs eth cercava de la mèrda de can blanc.

Apèi lo garron de vedèth … Lo medecin i avè dit tanben que hisse dau bolhon de garron de vedèth. En francés, « du jarret de veau ». E eth cercava pertot das vedèths … Los a pres a'nt n'i avè, los a ramassats dens los prats … pre ramplir una plena carreta !

(contat perAndreàSarrazineJanaPiboteau, aSent-Laurenç-de-Medòc).

 

 

LE SOT QUI VA VENDRE LA TOILE

C'était dans un village très pauvre. Et il y avait une famille nombreuse, et un garçon qui était sot, un peu … Alors sa mère lui dit :

Écoute. Je vais te confier un paquet de toile à vendre. Mais il faut te méfier parce qu'il y a des femmes qui parlent trop. Il ne faut pas la leur donner,  à celles-là.  Il faut donner ce paquet à une femme qui ne parle pas …

À la foire, les femmes lui disaient :

Oh ! petit, ton paquet … Donne-moi ton paquet … Oh ! …

Il ne répondait pas parce que sa mère lui avait dit qu'il ne fallait pas le donner aux femmes qui parlaient.

Alors, tout à coup, en se promenant, il aperçoit une grande statue. C'était la Sainte Vierge. Alors il lui dit :

Oh ! toi qui ne dis rien, tu ne diras pas que je te porte un paquet …

Jamais il n'avait de réponse, pardi.

Tu ne veux pas me répondre ? Et bien, je sais que toi, tu ne le diras pas … Tiens ! Je te laisse mon paquet ...

 

 

II. LO SÒT QUE VAI VÉNDER LA TELA.

Quò 'ra dens un vilatge bien praube. E pèi i avèva una familha qu'èra nombrusa, e pèi i avèva un dròlle qu'èra sòt, un pauc … Alòrs sa mair i dissut :

Escota. Vau te confiar un paquet de tela a vénder. Mès fau te maufisar parce que i a dei femnas que parlan tròp. Fau pas les i donar ad aquei. Fau donar 'queth paquet a una femna que ne parla pas …

A la fèira, lei femnas i disèvan :

Ò ! petit, ton paquet … Dòna-me ton paquet … Ò ! …

Respondèva pas parce que sa mair i avèva dit que falèva pas au donar ei femnas que parlavan.

Alòrs, tot d'un còp, en se prumenent, vai veire una granda estatua. Quò 'ra la Senta Vièrja. Alòrs i dissut :

Ò ! tu que ne dises res, au diràs pas que te pòrti un paquet …

Jamèi i avèva de responsa, pardí.

Tu vòles pas me respónder ? E ben, sabi que tu, tu zo diràs pas … Tè ! Te dèishi mon paquet ...

(contat per Laurença Petit, de Sent-Antòni-dau-Queiret).

 

 

LE FERMIER FAINÉANT

Il était une fois un fermier qui avait un champ à labourer. Un matin, l'homme s'en alla au champ. Lorsqu'il fut arrivé, il s'assit à un bout du champ, la charrue d'un côté et une cruche remplie d'eau de l'autre. Et puis il se mit à dire :

Aller et revenir me fera deux sillons.

Aller et revenir m'en fera quatre.

Aller et revenir m'en fera six.

Aller et revenir m'en fera huit.

Aller et revenir m'en fera dix.

Et il compta ainsi les sillons jusqu'au soir. Quand il rentra chez lui, ce jour-là, il ne fut pas très fatigué.

 

III. LO BORDILÈIR FENIANT.

I avè, un còp, un bordilèir qu'avè un camp a bojar. Un matin, l'òme se n' angot a son camp. Quan estot aquí, s'asseitèt en un cap, l'araire d'un costat e ua pingueta plenha d'aiga de l'aute. E pui se botèt a díser :

Anar e tornar me harà duas arrègas.

Anar e tornar me'n harà quate.

Anar e tornar me'n harà sheis.

Anar e tornar me'n harà uèit.

Anar e tornar me'n harà dètz.

E que comptèt atau las arrègas dinc au dessèir. Quan se'n tornèt a son, aqueth jorn, n'estot pas bien estarit.

(contat per Fernanda Bordes, de Capsius).

 

 

 

 

LA FAINÉANTE

C'était une femme qui avait un champ de blé à sarcler. Mais cette femme était très paresseuse. Quand elle arrivait au champ, elle passait le long des sillons, avec le sarcloir à la main, elle regardait les mauvaises herbes , et disait :                                                    

  Le chardon lui sert d'échalas.

La vesce le tient saisi.

La camomille lui tient le pied.

Le lotier le frotte.

La ravenelle le recouvre.

Le fromental l'adore.

La matricaire le dresse.

Le mouron le tient droit.

L'avoine fait la gerbée.

La nielle fait la part du meunier.

Ma foi ! se disait-elle, toutes les herbes sont bonnes à quelque chose. Laissons-les pousser … Et elle revenait chez elle sans en couper aucune.

 

IV. LA FENIANTA.

Èra una hemna qu'avè una pèça de blat a sarclar. Mès aquera hemna èra bien fenianta. Arribava au blat. Passava tot lo long de las arrègas, dab lo sarcle a la man, espiava totas las maishantas èrbas, e disèva :

Lo cardon li sèrv de carrasson.

Lo veceric lo ten sesit.

Lo gerpièr li ten lo pè.

La palometa lo freta.

La rabuisha la capuisha.

La palhòla l'adòra.

La marilha lo quilha.

Lo luset lo ten dret.

La civada hèi la garbada.

L'anhèra hèi la punhèra.

Ma fòi ! ce disèva, totas las èrbas son bonas per quauquarren. Disham-las vàser …

E se'n tornava a l'ostau shens ni'n picar nada.

 

(contat per Didy Jamet, deu costat de La Reula).

 

LES ÂNES PERDUS

Il y avait par ici un chiffonnier qui s'appelait Jeantillot. Et il avait deux petits ânes pour faire son travail. Mais voilà qu'un soir, on oublia de fermer la porte du parc, et le lendemain matin, pardi, les ânes n'y étaient plus. Et Jeantillot, de chercher et de chercher partout, toute la matinée : il ne les trouva nulle part.

À midi, Jeantillot était au sommet d'une côte d'où l'on voyait à peu près toute l'étendue de la commune. Et l'idée lui vint de monter sur un grand chêne qu'il y avait là, pour voir plus loin.

Mais, pendant que l'homme était sur le chêne, voilà que deux amoureux vinrent se mettre à l'ombre. Jeantillot, tout à ses ânes, ne les avait pas vu arriver, mais les entendait parler.

Tout d'un coup, voilà la jeune fille qui se met à crier dans son plaisir :

Oh ! je vois les anges ! Je vois le ciel !

Et le galant lui répondait :

Et moi je vois la terre !

Alors, Jeantillot, sans descendre de l'arbre, se met à crier :

Eh ! Vous qui voyez la terre et le ciel, vous n'auriez au moins pas vu mes ânes ?

 

V. LOS ASES PERDUTS.

I avè ací un perraquet que s'aperava Jantilhòt. E avè dus petits ases per hèser son trabalh. Mès valà qu'un dessèir, oblidèn de barrar la pòrta deu parc, e lo lendoman matin, pardí, los ases n'i èran pas mèi. E lo Jantilhòt, cèrca que te cèrca pertot, tota la matinada : ne los trobèt pas enlòc.

Entà mijorn, lo Jantihòt èra au cim d'una còsta d'on se vesèva a pus près tota l'estenduda de la comuna. E l'idèia li vingot de montar sus un gran casse que i avè aquí, per véser pus lunh.

Mès, pendent que l'òme èra suu casse, valà que dus amorós vingón se botar a l'ombra. Lo Jantilhòt, tot a sons ases, ne los avè pas vist arribar, mès los entendèva parlar.

Tot d'un còp, valà la gojata que se mèt a cridar dens son plaser :

Ò ! vesi los anges ! Vesi lo cèu !

E lo galant li respondèva :

E jo vesi la tèrra !

Lavetz, lo Jantilhòt, shens descénder de l'aubre, se metot a cridar :

E ! Vosauts que vesetz la tèrra e lo cèu, n'auretz pas au mens vist mons ases ?

(contat per un òme de Lengon).

 

 

 

JEANNOT L'IMBECILE

Il était une fois dans un petit village du Médoc une pauvre femme qui était restée veuve avec un enfant. Ce garçon était très fort et gaillard pour son âge, mais il était tellement bête que tout lo monde l'appelait Jeannot l'Imbécile.

Quand il allait au catéchisme, le pauvre curé ne pouvait rien lui apprendre. Des prières, il connaissait tous les mots, mais il mettait le commencement à la fin et la fin au milieu. Lorsqu'il passa son examen de première communion le curé le questionna sur les trois personnes de la Trinité :

Le père, est-il Dieu ?

Oui, Monsieur le curé, disait Jeannot.

Et le fils, est-il Dieu ?

Hep ! dit Jeannot, quand le père sera mort !

Le curé était un brave homme, et lui donna quand même sa première communion.

La mère de Jeannot l'Imbécile l'occupait comme elle pouvait : au jardin, ou elle l'envoyait ramasser du bois. Un jour, donc, l'imbécile partit au bois, avec sa hachette sous le bras, pour faire un fagot. Arrivé dans le bois il aperçoit sur un pin une belle branche sèche qui faisait bien son affaire. Et que fait Jeannot ? Il monte sur le pin et s'assied, à califour-chon, sur la banche, et commence à lui donner de beaux coups de hache.

Un homme vient à passer sur le chemin, qui aperçoit Jeannot qui coupait la branche sur laquelle il était assis :

Mais, malheureux ! lui dit l'homme, vous allez tomber avec la branche lorsqu'elle sera coupée …

Vous voulez me faire croire ça, vous ? lui répond l'imbécile sans s'arrêter de frapper. L'autre s'en alla en haussant les épaules, mais il n'avait pas fait cent pas qu'il entendit un craquement. Pouf ! la branche était tombée et Jeannot avec ! Par bonheur il était tombé sur un gros buisson de ronces et il n'eut pas de mal : il s'en tira avec quelques égratignures. Vite Jeannot se releva comme il put et se mit à courir derrière l'homme :

Hep ! Monsieur, arrêtez-vous ! Hep ! Hep !

L'homme s'arrête et attend Jeannot :

Mon bon monsieur, je vous ai bien de l'obligation de m'avoir dit que j'allais tomber tout à l'heure. Il faut que vous soyez un grand sorcier, cependant, pour l'avoir su par avance. Je vous remercie beaucoup de m'avoir prévenu, si je vous avais écouté, je ne serais pas tombé.

L'autre l'écoutait sans rien dire. Mais l'imbécile lui demanda :

Monsieur le bon sorcier, vous qui savez tout, vous ne voudriez pas me dire combien de temps il me reste à vivre ?

L'homme, qui voulait s'amuser, lui répond sans rire :

 

Mon pauvre ami ! Vous n'avez plus que trois pets à faire.

Puis il vire de bord e s'en va.

Mon Dieu ! dit Jeannot, moi qui pète si souvent !... Et surtout que j'ai mangé des haricots ce matin, je vais vite être foutu. Quel malheur !...

Et Jeannot s'en retourne tout triste à son ouvrage. Il arrive à sa branche, et en voulant la retirer du roncier, voilà qu'il laisse échapper un pet :

Ah ! mon Dieu, plus que deux.

Alors, Jeannot fait attention et serre le cul autant qu'il peut. Enfin, il passe le lien au fagot et tire dessus pour l'attacher : Poup ! Un autre pet.

Ah ! dit Jeannot, plus qu'un et je suis mort.

Le fagot est lié, mais dans l'effort qu'il fait pour le charger sur l'épaule, poup ! part un autre pet.

Alors, Jeannot l'Imbécile jette son fagot puis se laisse tomber de côté en bramant :

Ay ! ay ! ay ! Cette fois-ci je suis mort.

Il y avait dans le coin des ouvriers que revenaient du travail. Quand ils entendirent les cris du Jeannot, ils coururent vite vers lui et le trouvèrent allongé de tout son long au milieu du chemin, ne remuant ni pied ni patte. Comme ils ne savaient pas s'il était mort ou mourant, vite ils firent un brancard avec quelques branches. Puis ils y allongèrent Jeannot et les voilà partis vers le bourg.

À la sortie du bois, il y avait un carrefour. Les hommes de devant, qui portaient le brancard, demandèrent à ceux de derrière :

Par où passons-nous ? À droite ou à gauche ?

Alors Jeannot l'Imbécile se lève doucement sur le brancard et leur dit :

Quan j'étais vivant, je passais toujours à gauche.

Oh ! Quand ils entendirent cela, vous pouvez croire que les hommes eurent vite fait d'envoyer le brancard et Jeannot dans le fossé, et ils le laissèrent là.

Alors Jeannot l'Imbécile se leva, puis il alla ramasser son fagot dans le bois et s'en retourna chez lui.

Quand il arriva, sa mère lui dit :

Tu es resté bien longtemps, mon pauvre garçon. Je te croyais  mort.

Oh ! lui répondit Jeannot l'Imbécile, justement j'ai été mort un moment, puis j'ai ressuscité un moment après.

Cric ! Crac ! Mon conte est terminé.

 

 

 

 

 

 

V. JANÒT LO MORRE.

I avè un còp dens un petit maine dau Medòc una prauba hemna que èra damorada veda end un mainatge. Aqueth còishe èra bien fòrt e galhard pre son atge, mès èra talament bèstia que tot lo monde l'aperava Janòt lo Morre.

Quan anava au catechisme, lo praube curè podè ren i apréner. Las prièras, coneishè tots los mòts, mès lo començament èra a la fin e la fin au mitan. Quan passèt son examen de la premèira comunion lo curè lo questionèt se las tres personas de la Trinitat :

Lo pair, es Diu ?

Oui, Mossur lo curè, ce didè lo Janòt.

E lo hilh, es Diu ?

Hèp ! ce dishut lo Janòt, quan lo pair sarà mòrt !

Lo curè èra un brave òme, e ie balhèt quand mèmes sa premèira comunion.

La mair de Janòt lo Morre l'aucupava come podè : au casau, o l'enviava'massar dau bòis. Un jorn, donc, lo morre partit au bòsc, emb son hapchòt devath lo braç, pre har un hagòt. Arribat au bòsc va veire sus un gran pin una bèra balanca seca que hadè bien son afar. De que hèi lo Janòt ? Monta sau pin e s'assèita, cama ací, cama alà, ses la balanca, e comença a ie donar de bèths trucs de hapchòt.

Vèn a passar un òme sau camin, que va veire lo Janòt que copava la balanca qu'èra asheitat dessús :

Mès, malerús ! ie ditz l'òme, anatz tombar emb la balanca quan va estar copada …

Voletz me har creire aquò, vos ? ie respon lo morre sens s'arrestar de trucar. L'aute se n'angut en haussans las espatlas, mès n'avè pas hèit cent pas que te va entendre un cracament. Pof ! la balanca avè tombat emb lo Janòt ! Pre bonur avè tombat ses un gròs boishon d'arrundres e n'aiut pas de mau : se'n tirèt emb quauquas engraunhadas. Viste Janòt lo Morre se ramassèt come poscut e se metut a córrer darrèir l'òme :

Hèp ! Mossur, arrestatz-vos ! Hèp ! Hèp !

L'òme s'arrèsta e atend lo Janòt :

Mon bòn mossur, vos èi bien de l'obligacion de m'aier dit qu'anavi tombar totara. Fau qu'estiètz un gran sorcièr, totun, pre l'aier sabut d'avança. Vos didi bien mercia de m'aier previngut, que se vos aví escotat, aurí pas tombat.

L'aute l'escotava ses ren dire. Mès lo morre ie demandèt :

Mossur lo bòn sorcièr, que sabètz tot, vodriètz pas me dire combièn me damòra de temps a viure ?

L'òme, que volè s'amusar, ie respon sens ríder :

Mon praube amic ! N'ètz pas mèi que tres pets a har.

Apuèi vira de bòrn e se'n va.

Mon Diu ! ce dishut lo Janòt, io que peti si sovènt !... E surtot qu'a matin èi minjat de las mongetas, vauc estar viste fotut. Quau malurt !...

Lo Janòt se'n torna tot triste a son obratge. Arriba a sa balanca, e en volèns la tirar de las arrundres, valà que quita anar un pet :

A ! mon Diu, mèi que dus.

Alavetz, Janòt hèi bien atencion e sarra lo cuu tant que pòt. Enfin, passa lo redòrt au hagòt e tira dessús pre l'estacar : Pop ! Un aute pet.

A ! ce ditz Janòt, mèi qu'un e sèi mòrt.

Lo hagòt es ligat, mès dens l'efòrt que hèi pre lo cargar ses l'espatla, pop ! Un aute pet que part.

Alavetz, Janòt lo Morre gita son hagòt apuèi se quita tombar au bòrn en bramans :

Ai ! ai ! ai ! Aqueste còp sèi mòrt.

I avè pr'aquí avant das obrèirs que se'n tornavan dau trabalh. Quan entenduren los crits dau Janòt, corruren viste ad eth e lo trobèren estalongat au mitan dau camin, que remudava ni pè ni pauta. Com sabèn pas s'èra mòrt o morènt, hiren viste un baiard emb quauquas balancas. Apuèi vos alonguèren lo Janòt dessús e los valà partits de cap au borg.

A la sortida dau bòsc, i avè un cairehorc. Los òmes de davant, que portaven lo brancard, demandèren aus de darrèir :

Pr'a ont passam ? A drèta o a gaucha ?

Alavetz Janòt lo Morre se lèva doçament sau baiard e iese ditz :

Quan èri viu, passavi totjorn a gaucha.

Ò ! quan entenduren aquò, podètz creire que los òmes aiuren lèu hèit d'enviar lo baiard e lo Janòt dens lo hossat, apuèi lo quitèren aquí.

Alavetz Janòt lo Morre se levèt, apuèi se n'angut'massar son hagòt dens lo bòsc e se'n tornèt a son ostau. Quan'ribèt sa mair ie dishut :

As restat bien tard, mon praube còishe. Te credèvi mòrt.

Ò ! ie responut Janòt lo Morre, justament èi estat mòrt un moment, apuèi èi ressucitat un moment après.

Cric ! Crac ! Mon conte es acabat.

(contat a l'Esparra en Medòc).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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