L'ÀNGEL E LO PASTRE, Cl.Bellòc.

En ce temps-là un ange descendit dans nos montagnes pour y récolter des âmes. L'ange alla dans les villages, et puis visita une ou deux fermes isolées. À la tombée de la nuit il s'arrêta devant une montagne et regarda la cabane du berger Sébastien. Il pensa :

« Ce vieux a fait son chemin. Son heure est venue. »

Le vieux Sébastien finissait de fermer les bêtes. Les chèvres étaient dans le parc. L'ange lui apparut.

« Tu es juste devant Dieu. Il est temps pour toi de recevoir la récompense que tu mérites. »

Il y a bien longtemps que le vieux berger pensa à la mort. Dans le long silence de la montagne, il regarde l'arbre mort privé de sève. Il sait qu'un jour la vie s'en ira de son corps ; il connaît le compte des jours derrière lui. Il y en a bien trop.

Sébastien tombe face contre terre. « Je ne suis pas digne de parler à l'ange du Seigneur ; je ne suis pas digne de poser les yeux sur son visage, mais laisse-moi aller une dernière fois caresser mes petits chevreaux.

Va donc caresser tes petits chevreaux. »

On n'arrache pas un petit moment à l'ange du Seigneur. Il ne faut regretter une petite pause de plus à un vieil homme quand vous tenez l'éternité entre vos mains. Le berger va vers les chevreaux, les prend dans ses bras, les embrasse, les serre sur son cœur, enfouit sa tête dans leur toison grise. Puis il se met à genoux, le viel homme, et reste ainsi en silence. Il veut emporter dans l'éternité toute l'odeur de ses chevreaux. Il veut les emporter dans ses yeux, eux aussi.

L'ange est là, immobile, la bouche fermée. De temps en temps Sébastien le regarde.

L'ange tape du pied.

Sébastien se relève.

Quand un ange tape du pied, cela fait un bruit indescriptible ; cela ressemble à un grand coup de marteau sur l'enclume de Constant, à la forge. Mais bien plus fort ! Encore plus fort que le coup de tonnerre qui retentit et résonne à profusion dans la vallée.

Sébastien retombe face contre terre.

« Je ne suis pas digne de parler à l'ange du Seigneur; je ne suis pas digne de poser les yeux sur son visage, mais laisse-moi traire mes chèvres une dernière fois. »

Les chèvres tournent la tête, attendent l'homme ; il est pile l'heure de leur tirer le lait. Le vieux berger a mal au cœur à l'idée de les laisser avec les mamelles gonglées entre les pattes.

L'ange dit : « Va-t-en traire tes chèvres. »

On n'arrache pas un petit moment à l'ange. Comment regretter un petite pause de rien à un vieil homme quand vous tenez l'éternité entre vos mains. Sébastien prend le chaudron et l'escabeau à trois pieds. Le vieux berger  ne se depêche pas, tire à plaisir sur les mamelles. « Ne te fatigue pas Sébastien, maintenant tes gestes prennent la mesure de l'éternité. Il caresse la bête, lui parle. La chèvre tourne la tête et ses yeux pleins de douceur rencontre le regard de l'homme. Ils se méritent.

Là-bas, à l'écart, la nuit  monte . Elle habille de gris le fond de la vallée et les pierres de la cabane. La chaleur passée, l'air se rafraîchit . C'est sa nuit, au vieux, sa nuit de chaque soir.

Pour la deuxième fois, l'ange tape du pied avec un bruit effrayant, un bruit qui fait trembler la montagne. Un bruit si fort que les pierres de la cabane en tremblent.

Sébasten retombe face contre terre.

« Je ne suis pas digne de parler à l'ange du Seigneur ; je ne suis pas digne de poser les yeux sur son visage, mais son serviteur ne me refusera pas un bol de lait de mes chèvres. »

Et il ajouta, comme s'il parlait à un homme : « Avec cette chaleur … »

L'ange du Seigneur avait chaud, pour sûr. Aussitôt que vous le voyez … Il vous brûle avec ses rayons lumineux surtout si vous avez toute votre vie, comme Sébastien, rencontré que des hommes vétus de pauvreté. Mais si vous regardez de plus près, le bon ange vous indique que la poussière lui colle au pied, qu'elle lui gêne (abrutir) les ailes. Ses belles ailes blanches resemblent un peu aux ailes des poules qui viennent se vautrer dans la cendre. Il a arpenté tout le saint du jour par les chemins pierreux et il ne regrette pas ses pieds malgré ses sandales de gloire. Et la montée est raide jusqu'à la cabane.

« Oui, un bol de lait de tes chèvres, je veux bien. »

Il a soif, l'ange de Dieu. Et puis il n'a pas à économiser un instant pour la satisfactin(souci) du vieil homme, lui qui a l'éternité entre les mains. Il s'est assis au fond de la cabane ; la pointe des ailes liées le long du dos touche le sol. Quand il remue, l'ange, sa dernière plume dessine dans la poussière quelque chose comme des signes gauches : l'écriture du ciel, peut-être ? Pendant que l'ange boit son bol de lait, le berger pose du pain et du fromage sur la mauvaise planche qui lui sert de table. Cette table c'est lui qui l'a faite, le vieux, ainsi que les tabourets. Il y a longtemps de cela, quand ses mains étaient jeunes et fortes. Il aime sa pauvreté.

« Si le serviteur du Seigneur veut manger du pain avec le fromage de mes chèvres … »

Il est fait, le fromage de chèvre, avec la saveur de toutes les plantes de la montagne, la ronce, la fougère, le serpolet, la noisette aussi et aussi le chèvrefeuille, la marjolaine et la menthe. Toutes les plantes de la Création. Et il sent si bon, ce fromage, et donne envie à l'ange. Il prend le pain … le fromage. Il les examine … dessus … dessous … les tourne, les retourne entre ses mains. L'ange des siècles, vétu de gloire, ne connaît pas ces choses simples, nourriture des hommes. Il ne sait pas comment manger. Il ne dit rien. Sébastien le voit embarrassé.

«Que le serviteurduSeigneur me pardonne, mais je n'ai qu'uncouteau »

Il sort le couteau de sa poche, l'ouvre, essuie la lame sur sa manche, rapidement, d'un côté, de l'autre. Il la frotte deux ou trois fois. Il n'ose pas couper le pain pour l'ange avec un couteau qui ne serait pas propre. Souvent avec la lame il taille le bois, se sort les épines des doigts, se cure les ongles, et même se cure les dents.

Il se coupe d'abord une longue tranche de pain et étale dessus le fromage, lentement, bien réparti. Il passe le couteau à l'ange. Qui se coupe aussi une longue tranche de pain, y étale le fromage. Pendant ce temps le berger n'ose pas entamer son pain ; il ne veut pas commencer de manger avant le serviteur du Seigneur.

« Cela est bon, dit l'ange.       – Cela est bon, dit le berger. »

Ils se taisent. Ils pensent la même chose et le bien-ètre qui les emplit est le même. Sébastien demande à l'ange de l'excuser, mais il doit boire à la gourde en premier. L'ange n'a jamais bu à la régalade et Sébastien a peur qu'il se tâche sa jolie robe. L'ange lève la gourde, dresse la tête,ouvre la bouche – et croyez-moi si vous voulez, pas une seule goutte ne tomba sur ses lèvres.

Jusque là, le chien n'avait rien dit, je veux dire qu'il n'a guère montrer ses crocs à l'ange de Dieu. Pour son souper on lui donne une écuelle de lait cru avec du pain trempé. Il n'y voit pas beaucoup, car le long poil de sa tête lui tombe sur les yeux.

Le vieux berger croit que l'ange allait taper du pied avec un bruit épouvantable et, l'âme comme celle de la tristesse, attendait. Et bien, non ! Le bel ange sans nom le suivit dehors et s'assit avec lui sur la terrasse de la cabane.

La nuit du berger ce sont les étoiles vives, la montagne encore chaude, au repos. C'est la chanson inconnue d'un oiseau, les petits sauts d'un lapin dans l'herbe sèche, la course d'une bête sauvage qui chasse. C'est le coup d'une corne contre un tronc et un léger grincement. C'est le long silence.

La nuit du berger ce sont aussi toutes les senteurs chaudes qui se mêlent, se fondent : celle de la terre et de la pierre chaudes de soleil ; l'odeur des chèvres ; l'odeur de la fougère et de la bruyère, de la ronce et du buisson, du châtaignier et du serpolet et puis encore la sueur du chien.

Le vent passse sur la montagne. Enfin, le vent ! Un souffle si calme que seule la peau de votre corps en frémit ; le premier souffle de la vallée. Puis, petit à petit le vent se fait sentir. C'est comme une présence. Et il arrive de plus loin, le vent. En fermant les yeux, le berger se figure qu'il vient des Alpes et pense à la neige. C'est le long silence.

L'homme se tait. L'ange se tait aussi. Il pense de même et le bien-être est identique pour eux-deux.

L'aube pointe. Sébastien sait que l'heure était venue ; il ne peut plus rien demander à l'ange. Il regarda ses montagnes sous le soleil nouveau, au moment où elles prennent couleur et vie. Il s'en emplit les yeux pour les emporter dans l'éternité. Il aurait voulu aussi emporter le premier fredonnement de cigale du jour, le chien enthousiaste fait louange à la lumière. Il aurait voulu emporter le châtaignier auquel la rosée et le soleil font une nouvelle feuille.

L'ange était en grande peine, il fallait bien qu'il emporte l'âme du vieux berger. Telle est sa mission. Mais il aurait voulu emporter aussi un peu de notre montagne, ces choses qui le tiennent en lui-même. Alors, il fit au berger et à ses bêtes un place dans le ciel.

Et depuis, chaque jour, dans un coin du ciel, on voit briller une grosse étoile : c'est le berger ; une deuxième étoile plus petite, à sa droite : c'est le chien ; et une escouade d'étoiles éparpillées tout autour : ce sont ses chèvres.

Et vous, les enfants, dépêchez-vous de découvrir dans le ciel le berger avec ses chèvres, avant de devenir des hommes.

 

 

 

 

 

 

 

En aqueth temps un àngel davalèt dens nòstras montanhas per i har garba d'anmas. L'àngel anèt peus vilatges, e mei visitèt ua o duas bòrdas escartadas. Sus boca de nuèit s'arrestèt davant ua montanha e gaitèt la cabana deu pastre Sebastian. Se pensèt :

« Aquèth vièlh a hèit son camin. Son òra es venguda. »

Lo vièlh Sebastian acabava d'embarrar. Las cabras èran au pargue. L'àngel li apareguèt.

« Ès juste davant Diu. Es temps per tu de recéber la recompensa que tu meritas. »

I a bèth briu que lo vièlh pastre sosca a la mòrt. Dens lo silenci long de la montanha, espia l'arbo eissecat de saba. Sap qu'un jorn la vida se n'anirà de son còs ; sap lo compte deus jorns a l'endarrèr d'eth. N'i a ben tròp.

Sebastian tomba cara contra tèrra.

« Soi pas digne de parlar a l'àngel del Senhor ; soi pas digne de pausar los uèlhs sus sa fàcia, mais deisha m'anar un darrièr còp amanhagar mos cabridons.

Vai donc amanhagar tos cabridons. »

Un momenton li arraca pas a l'angèl del Senhor. Cau pas plànher ua pausòta de mei a un òme vièlh quand tenètz l'eternitat entre las mans.

Lo pastre va cap aus cabridons, se los pren a bèth braçat, los potoneja, los sarra sus son còr, s'amaga lo cap dens lor peu gris. Puèi se bota de genolhons, lo vielhòt, e se demòra aquí en silenci. Tota la flaira de sos cabridons se la vòu emportar dens l'eternitat. Se los vòu emportar dens son uèlhs, eths tanben.

L'àngel es aquí, pauhicat, la cara barrada. De temps en temps Sebastian l'espia.

L'àngel truca lo pè.

Sebastian s'arbora.

Quand un àngel truca lo pè, aquò vos hè un bruch que se pòt pas díser ; sembla un grand còp de martèth sus l'enclugi deu Constant, a la harga. Mas plan mei fòrt ! Enqüèra mei fòrt que lo pet de tron que dins la vath restrunh e ressontís a bèth èime.

Sebastian torna tombar cara contra tèrra.

« Soi pas digne de parlar a l'àngel deu Senhor, soi pas digne de pausar mos uèlhs sus sa fàcia ; mes deisha-me mólher mas cabras un darrièr còp. »

Las cabras víran lo cap, espèran l'òme ; just es l'ora de lor tirar la lèit. Es còrferit lo vièlh pastre a l'idèa de las deishar dab la popa coflada enter las patas.

L'àngel ditz : « Vai te'n mólher tas cabras. »

A l'àngel i arraca pas un momenton. Cossí plànher ua pausòta de res a un vièlh òme quan tenètz l'eternitat enter las mans.

Sebastian pren la topina, l'escabelon de tres pès. Se coita pas, lo vièlh pastre, tira a plaser sus las popas. « T'afanes pas Sebastian, ara tons gèstes prénon mesura d'eternitat. » Amanhaga la bestia, li parla. La cabra vira lo cap e sos uèlhs plens de doçor encóntran l'agait de l'òme. S'endevénon.

Alaluènh, a l'estrema, la nuèit de nonent monta. Vestís de gris lo hons de la vath e las pèiras de la cabana. Passada la calorassa, l'aire s'atabesís. Aquò's la sua nuèit, au vièlh, la sua nuèit de cada ser.

Peu segond còp l'àngel truca lo pè dab un bruch espantós, un bruch que hè rantolar la montanha. Un bruch tan engertós que las pèiras de la cabana ne tremòlan.

Sebastian torna tombar cara contra tèrra.

« Soi pas digne de parlar a l'àngel deu Senhor, soi pas digne de pausar mos uèlhs sus sa cara ; mes son servidor me refuserà pas un bolat de lèit de mas cabras. »

E ajustèt, coma se parlava a un òme : « Amb aquela calorassa … »

Calor, ça que la, n'a agut l'àngel del Senhor. Tanlèu que lo vesètz … Vos crema dab sos rais de lutz sustot s'avètz tota vòstra vida, coma lo Sebastian, encontrat sonque d'òmes vestits de pauretat.

Mas se lo gaitatz de pus prèp, lo ben àngel vos avisatz que la posca li pega au peu, que li embrutís las alas. Sas polidas alas blancas sémblan un pauc a las alas de las galinas que se vénon d'agordissar per las cendres. A artelhat tot lo sent deu jorn peus camins peirucs e n'i dòlan los pès malgrat las espartenhas de glòria. E la pujada èra redda duscas a la cabana.

« Òc, un bolat de lèit de tas cabras, vòli plan. »

A set, l'àngel de Diu. E puèi n'es pas a estauviar un momenton per la gaug deu vièlh òme, eth qu'a l'eternitat enter las mans. S'es assietat au hons de la cabana ; las alas legadas au long de l'esquía dab la punta tòcan tèrra. Quan se bolèga, l'àngel, la darrièra pluma dessenha dens la posca quicòm coma uns signes esquerrièrs : l'escritura deu cèu, benlèu ?

Mentre que l'àngel se beu lo bolat de lèit, lo pastre bota de pan de hromatge sus la marrida planca que li servís de taula. Aquela taula la haguèt eth, lo vièlh, e tanben las escabèlas. I a plan temps d'aquò, quand sas mans èran joves e fòrtas. Aima la sua pauretat.

« Se lo servidor del Senhor vòu manjar de pan dab lo hromatge de mas cabras … »

Es hèit, lo hromatge de cabra, dab la saba de totas las plantas de la montanha, lo romèc, la falguièra, lo serpol, l'avelana tanben e tanben la cabrifuèlh, la majorana e lo mentastre. Totas las plantas de la Creacion. E de tan bon que sentís, aqueth hromatge, aquò de l'àngel, l'apetissa.

Se pren lo pan … lo hromatge. Los gaita … dessús … dejós … los vira, los revira enter sas mans. L'àngel deus sègles, vestit de glòria, coneish pas aqueras causas simplas, noiritud deus òmes. Sap pas cossí manjar. Ditz pas res.

Sebastian lo vetz embarrassat.

« Que lo servidor deu Senhor me perdone, mes èi pas res qu'un cotèth. »

Se sortís lo cotèth de la pòcha, lo dorbís, n'eishuga la lama sus sa marga, de lèste, d'un costat e de l'aute. La frega dos o tres còps. Gausa pas copar de pan per l'àngel dab un cotèth que sii pas net. Dab la lama sovent talha la husta, se tira las espinas deus dits, s'adòba las unglas, e mei se cura las dents.

En primièr se copa una longa lesca de pan e i espotís dessús lo hromatge, lentament, plan espandit. Balha lo cotèth a l'àngel. L'àngel se copa tanben ua longa lesca de pan, i espandís lo hromatge. Mentretant lo pastre gausa pas nhacar lo son pan ; vòu pas començar de minjar abans lo servidor deu Senhor.

« Aquò's bon, ce ditz l'àngel.

Aquò's bon, ce ditz lo pastre. »

Se càran. Se pénsan la medisha causa e lo benaise que los emplea es lo medish. Sebastian demanda escusa a l'àngel, mes cau que bega a la bota primièr. L'àngel a pas jamai begut a galet e Sebastian a paur que se perisca la polida rauba. L'àngel lèva la bota, quilha lo cap, bada la boca – e cresètz-me se voletz, pas ua sola goteta non tombèt peu pòt.

Duscas aquí, lo can a pas dit res, vòli díser qu'a pas briga reganhat los caishaus a l'àngel de Diu. Per son sopar li bàlhan un escudelat de lèit crusa dab de pan chauchat. S'i vetz pas gaire, que lo peu long deu cap li tomba suus uèlhs.

Lo vielh pastre cres que l'àngel anava trucar lo pè dab un bruch espentós e, l'anma coma la de tristor, esperava. E be, non ! lo bèth àngel shens nom lo seguiguèt dehòra e s'assietèt dab eth suu peiron davant la cabana.

La nuèit deu pastre aquò son las estelas vivas, la montanha enqüèra cauda, en repaus. Aquò's la cançon esconuda d'un auseth, los sautets d'un lapin dens l'èrba seca, lo córrer d'ua bestia sauvatgina que caça. Aquò's lo truc d'ua còrna contra un tronc e un croishiment leugièr. Aquò's lo silenci long.

La nuèit deu pastre aquò's tanben totas las sentors caudas que se mésclan, se fóndon : la de la tèrra e de la pèira assoladas de solelh ; lo herum de las cabras ; l'olor de la falguièra e de la bruga, deu romèc e de l'espinàs, deu castanhièr e deu serpol e mei enqüèra la susor deu can.

Lo vent passa sus la montanha. Enfin, lo vent ! Es un bofau tan suau que sols los peus deu còs tot just vos'n fremísson ; es la primièra alenada de la vath. Puish, pauc a pauc, lo vent se hè sentir. Es coma ua preséncia. E arriba de pus luènh, lo vent. En clucant los uèlhs, lo pastre se figura que ven de las Alpes e se pensa a la nèu,.

Es lo silenci long.

L'òme se cara. L'àngel se cara tanben. Se pénsan çò-medish e lo benaise es parièr dens eths.

Puntegèt l'auba. Sebastian sap qu'èra venguda l'ora ; ara pòt pas mei demandar res a l'àngel. Se gaitèt las suas montanhas jou sorelh nòu, au moment que prenon color e vida. Se n'emplenèt los uèlhs per se las emportar dens l'eternitat. S'aurià volut emportar tanben lo primièr zonzon de cigala au jorn novèl, lo can estrambordat qu'es lausenja a la lutz. S'auré volut emportar lo castanhièr a qui lo ros e lo sorelh hèn ua huèlha nòva.

L'àngel èra en granda pena, calé ben que la s'emportèsse l'anma deu pastre vièlh. Tala èra sa mission. Mas s'auré volut emportar tanben un pauc de la nòsta montanha, aqueras causas que lo tenian de l'en-dedens. Alavetz, faguèt au pastre e a sas bèstias ua plaça dens lo cèu.

E dempuèi, aqueth jorn, dens un canton de l'espandida, se vetz ua estela gròssa que lugreja : aquò's lo pastre ; ua segonda estela pus pichona, a sa dreita : aquò's lo can ; e i a un escabòt d'estelas esparricadas a l'entorn que son las suas cabras.

E vosautres, mainats, coitatz-vos de descobrir lo pastre dab sas cabras dens lo cèu, abans de venir d'òmes.

 

 

 

 

 

 

 

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