L'AIGA DE SANTAT de Feliç Arnaudin (Grana Lana).

L'AIGA DE SANTAT 

de Feliç Arnaudin (Grana Lana)

Il était une fois un homme fort riche et fort vieux qui avit appris l'existence d'une eau appelée l'eau de santé. On disait que les malades qui buvaient de cette eau guérissaient aussitôt, les vieillards revenaient à l'âge de vingt-cinq ans, et les personnes laides devenaient belles. Cet homme, qui avait trois fils, leur demanda s'ils voulaient aller lui chercher de cette eau.

Le premier accepta. Son père, content, lui donna un beau cheval et une malle pleine d'argent. Et le jeune homme s'en alla en disant que, s'il n'était pas de retour au bout d'un an, ce ne serait plus la peine de l'attendre.

Le soir, il arriva dans une auberge et demanda à se loger.

Oui, répondit l'aubergiste, et il appela un valet pour prendre soin du cheval du jeune homme. À l'heure du souper, l'aubergiste demande :

Monsieur, voulez-vous souper seul ou en compagnie ?

En compagnie.

Comme il n'y avait pas d'autres voyageurs, l'hôte et le jeune homme soupèrent ensemble. Après le repas, l'homme proposa au garçon de jouer aux cartes pour passer la veillée.

Ils commencèrent à jouer. Tout allait bien : le jeune homme gagna d'abord une pleine table d'écus. Mais ensuite il se mit à perdre tout cet argent, puis sa malle d'argent, puis son cheval, et dix francs de plus. Le matin, il ne pouvait pas payer sa dépense ; les gendarmes vinrent le prendre et le mirent en prison.

Une année se passa. Comme on ne le voyait pas revenir chez lui, le second fils du vieil homme dit :

Père, je veux partir à la recherche de l'eau de santé, et voir si je puis retrouver mon frère.

Eh bien, fais comme tu voudras, mon fils. Je vais te donner un cheval et une malle pleine d'argent, comme à ton frère.

Et le second fils partit. Le soir, il s'en alla loger à la même auberge que son frère, et se comporta exactement comme lui. L'aubergiste le fit jouer : le jeune homme commença par gagner, puis il perdit tout, le cheval, la malle d'argent, et quinze francs de plus. Les gendarmes l'arrêtèrent et le mirent en prison avec l'autre.

Une autre année se passa : ni l'un ni l'autre des garçons ne revenait. Le plus jeune fils dit alors au vieil homme :

Père, je veux partir à la recherche de l'eau de santé, et voir si je puis retrouver mes frères.

Le vieillard était bien triste, car il craignait de perdre son dernier fils. Il insista pour que le jeune homme se fît accompagner par un valet ; puis, il leur donna à chacun un cheval et deux malles pleines d'argent.

Et ils partirent. Le soir, ils allèrent jouer à l'auberge du joueur. À l'heure du souper, l'aubergiste demanda :

Monsieur, voulez-vous souper seul ou en compagnie ?

Je souperai avec mon valet.

Après le repas, l'hôte proposa au jeune homme de jouer aux cartes pour passer la veillée.

Non, répondit celui-ci. Je n'y joue jamais, et je ne les connais pas.

Et il alla se chauffer au coin du feu avec son valet.

Le valet avait l'habitude de fumer une pipe tous les soirs après souper : il la bourra donc bien de tabac, prit un charbon du foyer avec les pincettes et, levant la tête pour allumer la pipe, il aperçut un homme pendu dans la cheminée.

Sans rien dire, il fit signe à son maître de regarder en l'air.

–  Oh ! s'écria le jeune homme tout surpris, et qu'est-ce que ceci ?

Oh ! dit l'aubergiste, c'est un homme qui avait fait des dépenses ici et n'avait pas de quoi payer. Il est mort en prison et on l'a mis là.

Oh ! tout de même, s'écria le jeune homme, n'y aurait-il pas moyen de descendre ce cadavre de là ?

Si. Si vous voulez payer ce qu'il devait.

Et combien devait-il ?

Cinq francs.

Le jeune homme donna les cinq francs. On dépendit le corps et on le mit dans un cercueil. Le lendemain matin, le jeune homme et son valet le firent porter en terre sainte. Comme ils s'en revenaient de l'enterrement, ils aperçurent une bête sur le chemin.

Oh ! dit le valet, là-bas il y a un ours.

Eh bien, lui dit son maître, arme ton pistolet ; moi j'arme le mien. S'il veut nous attaquer, nous nous défendrons.

Quand ils furent en face d'elle, la bête se plaça au milieu du chemin et dit :
– Vous voulez me faire du mal ?

Non pas, répondit le jeune homme. Nous sommes deux pélerins partis à la recherche de l'eau de santé.

Eh bien, dit l'ours, descends de ton cheval et monte sur mon dos. Je te porterai à l'endroit où se trouve l'eau de santé.

Le jeune homme mit pied à terre et commanda à son valet de revenir à l'auberge et d'y soigner convenablement les chevaux jusqu'à son retour.

L'ours porta le jeune homme de l'autre côté d'une colline et lui dit :
– Là-bas tu vois un airial et une maison. Dans cette maison se trouve une petite table chargée de bouteilles. Il y en a de fines et jolies : ne les touche pas. Tu en verras aussi une noire, sale et laide : emporte celle-ci. Si tu touches les autres, il y a au bout de la table un corbeau sur un perchoir qui criera : "Au voleur !". Et les gardes t'arrêteront.

Le jeune homme arriva à la maison ; les gardes dormaient. Il s'approcha de la table et s'empara de la bouteille noire, mais quand il la vit si laide et si sale, il pensa qu'il n'oserait pas la présenter à son père. Alors, il prit une des jolies bouteilles pour y transvaser l'eau de santé. Aussitôt qu'il l'eut touchée, le corbeau se mit à crier :

"Au voleur ! Au voleur !"
Les gardes se réveillèrent, sortirent de la maison et se saisirent du jeune homme. Celui-ci faisait ses excuses, disait qu'il voulait payer ce qu'on lui demanderait, mais qu'on lui laissât la bouteille d'eau de santé.

Tiens ! dit le chef des gardes, de l'autre côté de la montagne il y a un château. Dans ce château se trouve une jeune fille. Si tu peux me la faire avoir, tu seras pardonné.

Oh ! dit le jeune homme, j'essaierai de vous l'avoir.

Et il partit. Il s'en alla trouver l'ours et lui raconta l'affaire.

Ah ! Tu t'es fait prendre, dit l'animal, parce que tu n'as pas voulu me croire. Enfin, monte sur mon dos, et je vais te porter au château.

Tiens ! Tu vois le château. Les portes et les fenêtres sont toutes ouvertes, et la jeune fille est au lit toute nue. Emporte-la ainsi ; sa robe sera sur une table de marbre, mais, si tu la touches, la fille criera :"À l'assassin ! " Et les gardes te prendront.

Le jeune homme partit, entra dans la chambre où la belle demoiselle dormait toute nue, et la prit sur ses épaules. Puis il la porta dehors. Mais, aussitôt sorti, il songea que la demoiselle serait bien honteuse de se voir ainsi toute nue, si elle venait à s'éveiller. Il la déposa donc doucement à terre pour aller chercher la robe ; mais elle se réveilla et se mit à crier :   À l'assassin ! À l'assassin !

Les gardes arrivèrent, attrapèrent le jeune homme et le menèrent devant le maître du château. Celui-ci dit :

Jeune homme, à cent lieues d'ici, dans une maison, se trouve un cheval, le plus beau du monde. Si tu me le procures, je te pardonnerais ce que tu as fait.

Oh ! dit le jeune homme, j'essaierai de vous l'avoir.

Et il partit. Il s'en alla trouver l'ours et lui conta l'affaire.

Ah ! Tu t'es fait prendre une fois de plus, dit l'ours, parce que tu n'as pas voulu m'écouter. Enfin, monte sur mon dos, et je vais te conduire à l'endroit où se trouve le plus beau cheval du monde.

Quand ils furent arrivés près de l'écurie de la maison, l'ours dit au jeune homme :

Tu vas entrer dans cette écurie ; tu y trouveras un grand nombre de chevaux. Mais je veux t'attacher un mouchoir sur les yeux, et tu choisiras le plus beau au toucher. Il y en a de gras – en les tâtant, tu ne sentiras pas un os –, mais parmi eux, tu en trouveras un, maigre, les os saillants, l'échine creuse : emmène celui-là et crois-moi.

En effet, parmi les chevaux fins et gras, le jeune homme trouva le maigre ; il coupa son licou et l'emmena dehors. L'ours retira le mouchoir des yeux du jeune homme, qui vit qu'il avait emmené le plus beau cheval du monde.

Maintenant, dit l'ours, tu n'as plus besoin de moi. Mais je vais te donner un dernier conseil : n'achète pas de gens endettés, car il t'arriverait malheur.

 

L'ours disparut et le jeune homme partit sur ce beau cheval qui allait vite comme le vent. Quand il arriva au château, le père de la jeune fille fut bien content de voir ce beau cheval. Mais le jeune homme lui dit :

Votre demoiselle m'a traité d'assassin. Faites-la monter en croupe derrière moi ; elle verra si je suis un assassin et si ce cheval marche bien.

La jeune fille monta derrière le garçon qui, aussitôt, piqua le cheval. Et hop ! celui-ci partit comme un tourbillon. Ils arrivèrent à la maison de l'eau de santé. Quand le garde vit la jeune fille, il devint fou de joie ; vite, il alla chercher la bouteille d'eau de santé et la remit au jeune homme. Mais celui-ci lui dit :

Donnez-moi ce corbeau qui m'a traité de voleur. Je veux lui faire voir si je suis un voleur.

Le garde lui apporta le corbeau, mais aussitôt, le jeune homme piqua le cheval, et hop ! celui-ci partit comme un tourbillon en emportant la demoiselle le corbeau et la bouteille d'eau de santé. Ils arrivèrent à l'auberge où était le valet.

Eh bien ! Au moins ! dit celui-ci lorsqu'il vit le cheval et la demoiselle, vous voilà bien monté et bien accompagné, Monsieur ! Vous avez travaillé plus que moi !

Sûrement, dit le jeune homme. Nous allons passer la nuit ici, et nous partirons de bonne heure demain matin.

Oh ! dit le valet, demain l'on doit pendre deux hommes sur la place ; j'aurais bien voulu voir ça.

Bon ! Eh bien, nous partirons tout de suite après.

Le lendemain matin, on alla chercher les deux hommes à la prison, et le jeune homme reconnut ses deux frères. Il dit alors à l'aubergiste :

N'y aurait-il pas un moyen d'obtenir leur grâce ?

Oh ! si. Si vous voulez payer ce qu'ils doivent.

Et combien ?

L'un dix francs, et l'autre quinze francs.

Le jeune homme alla trouver les juges, leur donna vingt-cinq francs, et ramena ses deux frères à l'auberge. Les pauvres garçons étaient devenus maigres comme des squelettes ; à peine avaient-ils la force de marcher. Ils ne pouvaient plus manger.

Enfin, il fallait partir. Les deux maigres montèrent sur un cheval, levalet avait le sien, et le jeune homme portait la demoiselle sur le plus beau cheval du monde.

Les deux frères qui sortaient de prison ne pouvaient guère se faire porter ni marcher ; ils souffraient beaucoup. Comme ils arrivaient au bord d'une rivière, les deux maigres dirent qu'ils avaient soif, et descendirent de cheval pour boire. Le jeune homme descendit aussi pour en faire autant ; alors ses frères lui donnèrent une poussée,et le firent tomber à l'eau. Puis, ils tuèrent son valet d'un coup de pistolet. Ensuite, ils dirent à la jeune fille que, si elle les dénonçait, ils la traiteraient de la même façon.

Heureusement, le jeune homme s'était accroché à une branche d'arbre et ne s'était pas noyé, mais il ne pouvait pas sortir de l'eau. Mais, aussitôt que les autres furent partis, un pigeon blanc descendit du ciel et retira le garçon de la rivière. Et il lui dit :

Tu n'as pas voulu me croire quand je te disais de ne pas acheter des gens endettés. Tu vois ce qui t'arrive.

Le pigeon disparut et le jeune homme reprit le chemin de sa maison.

Lorsqu'il arriva, le corbeau l'aperçut de loin et il se mit à crier :

Voilà mon maître ! Voilà mon maître !

Il effrayait tout le monde par ses cris. Le jeune homme se présenta à son père et lui demanda :

Eh bien, père, l'eau de santé t'a-t-elle fait du bien ?

Pas du tout. Je suis tel que j'étais avant.

Et la demoiselle ?

Oh ! Elle ne prend rien. Elle aussi est malade …

Et le cheval ?

Il ne mange pas. Je crois qu'il veut se laisser mourir de faim.

Papa, dit le garçon, il faut que tu prennes de l'eau de santé de ma main.

Le jeune homme prit la bouteille d'eau de santé et en versa un peu ; le père se lava avec cette eau et en but quelques gouttes … Aussitôt il redevint tel qu'il était à l'âge de vingt-cinq ans !

Ils allèrent voir le cheval à l'écurie. Celui-ci, quand il aperçut le jeune homme,  fit un signe de la tête comme pour saluer, et se mit à gratter la terre de ses sabots. Puis il commençat à manger son avoine avec appétit.

Ils allèrent trouver la demoiselle. Celle-ci embrassa le jeune homme en pleurant de joie.

Alors, le père leur demanda de lui raconter comment tout s'était passé, et comment il se faisait que le fils cadet revînt en vie alors que les autres l'avaient vu mourir noyé.

Et pourquoi ne m'as-tu pas dit tout cela ? demanda-t-il à la jeune fille, quand ils eurent achevé leur récit.

Oh ! Vos fils m'avaient dit qu'ils me tueraient si je les dénonçais …

Eh bien, il faut les punir, dit le père. Ils passeront le reste de leur vie en prison, avec chaque jour une livre de pain et une bouteille de vin. Je ne veux plus jamais les revoir.

Et le fils cadet épousa la belle demoiselle. Et le père, qui était redevenu jeune, se remaria.

 

Que i avè'n còp un òmi hòrt riche e hòrt vielh. Qu'avè 'ntinut díser qu'i avè ua aiga que l'aperévan l'aiga de santat, s'èran malaus e qu'en buvossin que guarivan d'abòrt, s'èran vielhs que tornèvan a l'atge de vint-e-cinc ans, e s'èran lèds que vienèn bròis. Aqueth òmi qu'avè tres hilhs, e que les-i demandet se li volèn anar cercar de'quera aiga.

Lo permèr que dishot quiò. Son pair, content, qu'u balhèt un bèth chivau e ua mala d'argent. E lo gojat que partit en disents se n'èra pas tornat en un an, ne l'atenossin pas mes.

Lo desser, qu'arribèt en ua auberja, e que demandèt s'u lotgerèn.

Òbe, ce dit lo meste de l'auberja. E qu'apèra un vailet per suenhar lo chivau deu gojat.

Qu'arriba l'òra de la sopa, l'aubergista que demanda :

Mossur, voletz sopar sol o acompanhat ?

Acompanhat.

Com i avè pas digun mes hens l'auberja, l'aubergista e lo gojat sopèren amassa. Après sopar, l'òmi que demandèt au gojat se vorré har a las cartas per passar la velhada.

Que començan a jogar. Tot anava bien : lo gojat que ganhèva ua plea taula d'escuts. Mes, de darrèr, que se mèt a pérder tot aquò, e la mala d'argent, e lo chivau, e dèt'liuras ad-ensús.
Lo matin, podè pas pagar la soa despensa ; los archèrs qu'u vinoren préner e qu'u metoren en prison.

Un an se passa. Com n'u vedèn pas tornar en çò de son, lo sigon hilh de l'òmi vielh que dit :

Pair, jo que vui partir cercar l'aiga de santat, e véder se puish trobar mon hrair.

Ebé, hèi com vulhis, mon hilh. Te vau balhar un chivau e ua mala d'argent com a ton hrair.

E lo sigon hilh que part. Lo desser, que s'en anot lotjar a la mèma auberja que son hrair, e que hit tot com eth. L'aubergista qu'u hit jogar : lo gojat que comencèt per ganhar, e de darrèr que perdot tot, lo chivau, la mala d'argent, e quinze liuras ad-ensús.
Los archèrs qu'u prenoren e qu'u metoren en prison dab l'aut.

Unhaut an se passa : veden pas tornar ni l'un ni l'aut hrair. Lo darrèr hilh que dit a l'òmi :

Pair, jo que vui partir cercar l'aiga de santat, e véder se puish trobar mons hrairs.

Lo vielh qu'era tot trist, e qu'avè pour de se retrobar shens nat hilh. Que volot que lo mes joen se prenossi un vailet per l'acompanhar ; puish qu'us balhèt sengles chivau e dus malas d'argent.

E que parten. Lo desser, s'en van lotjar a l'auberja deu jogaire.
Qu'arriba l'òra de sopar, l'aubergista que demanda :

Mossur, voletz sopar sol o acompanhat ?

Que soparèi dab mon vailet.

Com avoren sopat, lo de l'auberja demandèt au gojat se vorré har a las cartas per passar la velhada.

Non, ce respon lo gojat. N'i hesí pas james ; ne las coneishi pas.

E que s'en va dab son vailet se cauhar au pè deu huc.

Lo vailet qu'avè l'abitud de fumar la pipa tot desser arron sopar : que se la carca bien de tabac, se pren un carbon deu larèr dab las espincetas e, de cap en haut, que s'aluquèva la pipa, com va véder un òmi pendut hens la chamineia.

Shens de díser arren, que hèi un signe au son meste d'espiar en haut.

– Ò ! ce dit lo gojat tot susprés, e qu'es açò ?

– Ò ! ce dit l'auberjista, qu'es un òmi qu'avè hèit despensas ací, n'avè pas per pagar. Qu'es mòrt en prison e que l'an hicat ací.

– Ò ! totun, ce dit lo gojat, i auré pas mojen de descénder aqueth còs ?
Si. Se voletz pagar çò que divé.

E quan ?

Cinc liuras.

Lo gojat que balhèt cinc liuras. Que despendoren lo còs e qu'u metoren hens un tahuc.

Lo matin, lo gojat e son vailet qu'u hiren portar en tèrra senhta. Com s'en tornèvan de l'enterramens, que van véder ua bèstia suu camin.

– Ò ! se dit lo vailet, labàs qu'i a un ors.

Ebé, ce dit lo meste, arma-te lo pistolet ; jo qu'armi lo mon. Se nes vòu atacar, que nes defendram.

Com estoren cap-e-cap, la bèstia que's bot au mei deu camin e que dit :

Me voletz har deu mau ?

Non pas, ce dit lo gojat. Qu'èm dus pelegrins que vam cercar l'aiga de santat.

Ebé, ce dit l'ors, drava de son chivau e monta su'la mia esquía, que't portarèi on es l'aiga de santat.

Lo gojat que descendot de chivau, e que dishot au vailet s'en anossi a l'auberja e que suenhèssi bien los chivaus dinca qu'ec que tornèssi.

L'ors que portèt lo gojat darrèr un tuc e qu'u dishot :

Labàs, que veis un portui e ua maison. Hens aquera maison qu'i a ua taulòta carcada de botelhas. Qu'i n'i a de las finas, de las bròias : las toquis pas. Qu'en veiras tanben ua de las negas, sala, lèda : porta-t'aquera aquí. Se tocas las autas, i a un cròc su'n pau au pè de la taula, que cridarà : "Au volur !". E los gardas que t'arrestaran.

Lo gojat qu'arriba a la maison ; los gardas que dromivan. Que s'apròisha de la taula e se pren la botelha nega, mes qu'èra tan lèda e tan ganguèira que s'en pensèt ne gausaré pas l'apresentar a son pair. Lavetz, que se pren ua botelha de las bròias per tervasar l'aiga de santat. Tanlèu l'avot tocada, lo cròc se metot a cridar :

"Au volur ! Au volur !"

Los gardas se rebelhan, que sorten de dehens e que gahan lo gojat. Aqueth que hadé sas escusas, que didé vóler pagar çò qu'estèssi, mes qu'u dishèssin la botelha d'aiga de santat.

Té ! ce dishot lo qui mandèva los gardas, delà la montanha qu'i a un castèth. Hens
'queth castèth qu'i a ua gojata. Se pòts me la har avéder, que seràs perdonat.

Ò ! ce dit lo gojat, que sajerèi de vs'l'avéder.

E que part. S'en va trobar l'ors e li conda l'ahar.

T'ès hèit préner, ce dit la béstia, pr'amon m'as pas volut créder. Enfin, monta-me su' l'esquía, que te vau portar au castèth.

Té ! Veis lo castèth. Las pòrtas e las fernestas son totas aubertas, e la gojata qu'es au leit tota nuda. Pòrta-te-la atau : qu'aurà la rauba sus ua taula de marme, mes, se tocas la rauba, que criderà : "A l'assassin ! ". E los gardas te gaheràn.

Lo gojat que part, que entra hens la crampa on dromiva la bròia damisèla tota nuda. Que se la carca suu còth e la pòrta dahòra. Mes, tanlèu sortit, qu'òu ven per ireia que la gojata auré hòrt de honta de se véder atau tota nuda, vinossi a s'esvelhar. Que la
pausa doçament a tèrra pr'anar cúlher la rauba ; era que se desvelha, se met a cridar : 
A l'assassin ! A l'assassin !

Los gardas qu'arriban, que gahan lo gojat e qu'u mian au meste deu castèth. Aqueth que dishot :

Gojat, a cent legas lunh de'cí, hens ua maison, qu'i a un chivau, lo mes bèth deu monde. Se m'u hès avéder, que't perdoni çò qu'as hèit.

Ò ! ce dit lo gojat, que sajarèi de vs l'avéder.

E que part. S'en vau trobar l'ors e li conda l'ahar.

Ah ! T'ès hèit préner enqüèra un còp, ce dit l'ors, pr'amon m'as pas volut escotar. Enfin, monta-me sus l'esquía, que te vau miar on es lo mes bèth chivau deu monde.

Com estoren arribats pròche de l'escuria de la maison, l'ors que dishot :

Que vas entrar hena 'quera escuria ; qu'i trobaràs hòrt de chivaus. Mes que te voi hicar un mochoèr suus uelhs, e que causiràs lo mes bèth au tòc de la man. Qu'i n'i a deus gras – ne tocaràs pas òs –, mes dehens lo mei, qu'en trobaràs un magre, los òs hauts, l'esquía hensa : mia-te aqueth e crei-me.

En efèt, au miei deus chivaus fins e gras, lo gojat que trobèt lo magre ; que copèt lo licòth e se'u mièt dahòra. L'ors que li tirèt lo mochoèr de sons uelhs, e lo gojat que vit s'avè miat lo mes bèth chivau deu monde.

Adara, ce dit l'ors, n'as pas mes besonh de jo. Mes te vau balhar un darrèr conselh : crompis pas personass endiutadas, que t'arribaré malur.

L'ors que despareishot e lo gojat que partit dab aqueth chivau, n'anava com lo vent. Com arribèt au castèth, lo pair de la gojata qu'estot hòrt content de véser aqueth bròi chivau. Mes lo gojat que dishot :

La vòsta damisèla que m'a trectat d'assassin. Balhatz-me-la ací en corpa darrèr jo ; que veirà se sui un assassin, i' aqueth chivau com marcha bien.

La gojata que monta darrèr lo gojat, e autanlèu eth que pica lo chivau. E hup ! Que s'en van com un bohet de vent. Qu'arriban a la maison de l'aiga de santat. Quan lo garda vit la gojata, qu'estot pèc de plesir  ; que va d'abòrd cúlher la botelha d'aiga de santat e que la balha au gojat. Mes aqueth qu'u dit :

Balhatz-me aqueth cròc que m'a trectat de volur. Que voi li har véder se sui un volur.

Lo garda li pòrta lo cròc, mes autanlèu, lo gojat que pica lo chivau,
e hup ! que s'en va com un bohet de vent en se portant la damisèla,
lo cròc e la botelha d'aiga de santat. Qu'arribant a l'aubèrja on
èra lo vailet.

Òh ! totun ! ce dishot e com vit lo chivau e la damisèla, qu'ètz bien montat e bien acompanhat, Mossur ! Qu'atz tribalhat mei que jo !

Obé, ce dit lo gojat. Que vam passar la neit ací, e doman matin que partiram de d'òra.

Ò ! ce dit lo vailet, doman que diven pénder dus òmis su' la plaça ; qu'aurí bien volut véder aquò.

Bon ! Ebé, que partiram d'abòrd après.

Lo matin, que van cúlher los dus òmis a la prison, e lo gojat que reconeish sons dus hairs. Que dit a l'aubergista :

I' auré pas  mojen de'us sauvar la vita ?

Ò ! si. Se voletz pagar çò que diven.

E quant ?

Dètz liuras l'un, e quinze liuras.

Lo gojat que va véder los jutges, que'us balha vint-e-cinc liuras per l'aubergista, e que se mia sons hrairs entà dehens. Los praubes gojats qu'èran vinuts magres com esqueletas ; desgais s'avaèn la fòrça de marchar. Poden pas minjar.

Enfin, calé partir. Los dus magres montèren sus un chivau, lo vailet qu'avè lo son, e lo gojat que hadet portar la damisèla suu mes bèth chivau deu monde.

Los hrairs que sortivan de prison poden pas guaire se har portar ni marchar ; s'en beden hòrt. Qu'arriban suu bòrn d'ua arribèira ; los dus magres que disen qu'avèn set, que descénden de chivau e se méten a búver. Lo gojat que descend tanben per búver ; lavetz sons hrairs lo balhan ua possada, que'u hèn tombar hens l'aiga. Puish, que tiran un còp de pistolet au vailet : qu'u tuan. E après que disen a la damisèla, se volé los escusar, que li'n harén autan ad-era.

Urosament, lo gojat que s'èra gahat en ua balanca d'aubre e s'èra p' anegat, mes podé pas se tirar de l'aiga.  Mes, d'abòrd que los auts estoren partits, que drava un pijon blanc  deu cèu qu'e ven tirar de l'aiga. E que'u dit :

M'as pas volut créder quan te disí ne crompessis pas personas endieutadas. E veis çò que t'arriba.

Lo pijon que despareish e lo gojat que gaha lo camin de socasi.

Quan arribèt, lo cròc que l'avisèt de lunh avant e que se metot a cridar :

Vaquí mon meste ! Vaquí mon mestee !

Que chantèva tot lo monde. Lo gojat que s'apresenta a son pair e qu'u demanda :

Ebé, péir, l'aiga de santat t'a hèit ben ?

Non pas. Que soi com  èti de davant.

E la damisèla ?

Òh ! Pren p'arren. Èta tanben qu'es malauda …

E lo chivau ?

Minja pas. Que crei se vòu dishar morir de hami.

Papa, ce dit lo gojat, cau que prenis aiga de santat de la mia man.

Lo gojat que pren la botelha d'aiga de santat e qu'en vessa un chic ; lo pair que se lava e qu'en buu quauqua gota … Lo vaquí sanjat com a l'atge de vint-cinc ans !

Que van véder lo chivau a l'escuria. E com vist lo gojat, que hit dab lo cap com qui saluedèva, e dab los pès, se grauchèt la tèrra. Puish, que se metot a minjar choada,
arren de mei bèth !

Van trobar la damisèla. Aquera, com vit lo gojat, que l'embrassèt en plorants de plesir.

Lavetz, lo pair qu'us demandèt que li condessin tot com s'èra passat, e com se hadé que son darrèr fils que tornessi viu com los auts l'aven vist morir anegat.

E percé m'as pas dit aquò ? ce dishot a la gojata, com l' avoren hèit lo conde.

Òh ! los vos hilhs m'aven dit me tuarén se los escusavi …

Ebé, qu'us cau punir, ce dit lo pair. Que passaràn lo resta de la soa vista en prison, dab ua liura de pan e ua botelha de vin per jorn. N'us voi pas jamei tornar véser.

E lo mei joen deus hilhs qu'esposèt la bèra damisèla. E lo pair, qu'èra vinut joen tanben, que se tornèt maridar.

 
E tric e tric, lo conte de l'aiga de santat es fenit,

 e tric e trac, lo conte de l'aiga de santat es acabat.

 

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