LA HILHA DAU CARPENTÈIR.

LA HILHA DAU CARPENTÈIR 

 conte collectat en Medòc.

 

Un charpentier avait une jolie fille en âge d'être mariée. Or ses trois ouvriers souhaitaient l'épouser. Pour les départager, le charpentier leur soumet une épreuve d'adresse au travail. Dans ce conte, le motif de l'épreuve en vue du mariage est du genre du H310ff du Motif Index d'Aarne et Thompson. Une contradiction intéressante apparaît dans cette interprétation. Avant de proposer l'épreuve, le patron conseille à chacun des ouvriers de se livrer à sa fille comme s'il s'en remettait à son choix légitime. « Je ne peux pas donner ma fille sans qu'elle y consente » dit-il. Mais la suite des évènements ne donne pas d'issue à la contradiction qui réserve peut-être son mystère à l'analyse psycho-sociologique.

Il y avait une fois dans la localité un charpentier-menuisier qui avait une fille, jolie, bien faite et avec qui il était agréable de parler. Il avait trois ouvriers qui  travaillaient avec lui. Et ne voilà-t-il pas qu'ils tombèrent tous trois amoureux de la
jeune fille. Or ni l'un ni l'autre ne s'était présenté à elle.
Mais un jour, il y en a un qui se dit :

– Je voudrais bien la fille, mais je n'ose pas lui en parler. Je dois aller en parler au père.

Il va voir le père :

- Patron, je suis amoureux de votre fille. Pourrais-je me marier avec elle ?

– Oh mon garçon ! Je ne peux pas te donner ma fille sans qu'elle y consente. Me comprends-tu ? dit-il.

– Mais oui, bien sûr, patron, seulement je l'aime et je voudrais me marier avec elle.

– Eh bien, écoute : parle-lui-en ! Moi je lui en parlerai de mon côté, puis nous réfléchirons.

Bon, mais le lendemain, l'autre qui avait vu le conciliabule entre le patron et le premier ouvrier, se dit :

– Il doit demander la fille en mariage, je vais y aller moi aussi !

Alors il va
trouver le patron :

– Patron ! Je suis amoureux de votre fille !

– Oh ! toi aussi ? dit-il. Eh ! Ça fait deux ! Je ne peux pas marier ma fille avec deux hommes, tu penses bien. Le comprends-tu toi aussi ?

– Oui patron, mais je l'aime, elle est jolie et me plaît beaucoup. Je voudrais bien me marier avec elle.

– Eh bien, écoute, tu lui en parleras, moi je lui en parlerai et puis nous réfléchirons.

Lorsqu'il arrive à la boutique, il y a l'autre commis … :

– Je crois que le patron ne refuserait pas que je me marie avec sa fille.

– Oh dis donc ! Je la voudrais, moi !

– Ah ! ça alors, nous voilà bien !

– Écoute : je vais aller me prononcer moi aussi …

– Patron, je voudrais vous demander quelque chose mais cela me gêne car je ne suis pas le premier, lui dit-il. Je voudrais me marier avec votre fille. Elle me plaît, je l'aime, il y a longtemps que je l'aime déjà, et puis les autres se sont prononcés et moi je voudrais en faire autant.

– Réfléchis, mon garçon ! Je ne peux pas donner ma fille sans que personne ne lui ait parlé. À trois jeunes hommes, eh !... Parle-lui en. Ensuite je lui en parlerai, et nous réfléchirons. On va faire quelque chose. Je suis content de vous. Pourtant, je ne peux pas la donner à trois personnes. Bon, écoute, dit-il, je vais tous vous appeler et vous donner un petit travail à faire.

Il appelle ses trois ouvriers et les voici qui arrivent. Il leur dit ceci :

– Tous trois vous voudriez ma fille. Et moi je ne peux pas la marier à trois hommes à la fois. Alors je vais vous faire fabriquer des chevilles. Celui qui fera la plus jolie cheville dans le temps le plus court aura ma fille.

– Ah bon !

Ils partent aussitôt se mettre à l'ouvrage, et chacun de s'appliquer de son mieux … Peu après, un premier arrive :

– J'ai fini, patron !

– Ah ! dit-il, elle est bien faite, elle est mignonne et fignolée. C'est du travail très soigné. Mais il faut attendre les autres. Pose ta cheville.

L'autre arrive presque en même temps :

– Oh ! celle-là est aussi belle ! Je suis content de votre travail. Pose ta cheville. Attendons le troisième.

Le troisième approche, les deux mains derrière le dos, tête basse.

– Eh bien ! lui dit le patron, et ta cheville ?

– Mais patron, dit-il en levant les bras, je ne peux pas faire de cheville sans voir le trou.

– Ah ! mon garçon, c'est toi qui auras ma fille.

Et le mariage eut lieu peu de temps après.

I avè un còp dens la localitat un carpentèir-menusèir qu'avè una gojata qu'èra minhona, bien bastida apèi qu'èra pledenta a parlar. Avè tres obrèirs que trabalhavan emb d'eth. Alavetz, valà que son donc pas tombats amorós de la dròlla ! Apèi ni l'un ni l'aute ne s'avè presentat ad era. Mès un jorn, n'i a un que se ditz :

Vodrí ben la gojata, mès n'ausi pas li'n parlar. Fau qu'angui li'n parlar au pair. 

Va trobar lo pair :

Patron, sèi amorós de vòsta hilha. Es que poirí me maridar emb d'era ?

Ò mon dròlle ! Pòdi pas te balhar ma gojata sens que era sèie consenta.. Me comprenes ? çò ditz.

Mès òc ben, patron, mès la aimi apèi vodrí me maridar emb d'era.

E be escota : parla li'n ! Jo de mon born li'n parlarèi, apèi reflechirem.

Bon, mès lo lendeman, l'aute qu'avè vist lo concierabule dau patron e dau permèir obrèir, se ditz :

– Diu demandar la dròlla en maridatge. Vauc i anar jo tanben !

Alavetz, va trobar lo patron :

Patron ! Sèi amorós de vòsta hilha !

Ò ! tu tanben ? li ditz. E ! Aquò's dus ! Podi pas maridar ma dròlla emb dus, pensa.
Tu tanben, lo comprenes ?

Òc patron, mès la aimi, es minhona, apèi me plèt fòrt. Vodrí ben me maridar emb d'era.

E be, escota, li'n parlaràs, jo li'n parlarèi apèi reflechirem.

Quan 'riva a la botica, i a l'aute comís … :

Be boti que lo patron diré pas que non tè, que me maridessi emb sa gojata.

Ò ditz donc ! Mès jo que la vodrí !

Ah ! Eh bé alors, nous voilà bien !

Escota : vauc anar jo tanben me prononçar. I va … :

Patron, vodrí vos demandar quauquarrés mès aquò me gèina pasque sèi pas lo permèir, li ditz. Vodrí me maridar emb vòsta dròlla. Me plèt, la aimi, i a pausa que la aimi dijà, apèi los auits s'an pronoçat e jo vodrí lo har tanben.

Mon dròlle, reflechís ! Pòdi pas balhar ma gojata sens que digun li auge parlat. A tres gojats, e!... Parla li'n. Après li'n parlarèi, e reflechirem. Vam har quauquarrés. Sèi content de vos tots. Egal, pòdi pas la balhar a tres. Bon, escota, çò dishut, vauc vos aperar a tots apèi vauc vos balhar un petit trabalh a har.

Sona sos tres obrèirs e los valà que 'riban. Lisi ditz aquò :

Vaquí, tots tres vodritz ma hilha. E jo pòdi pas la maridar a tres. Alavetz vauc vos har har de las cavilhas. Lo que harà la pus minhona cavilha dens lo temps lo pus cort, aquò's aqueth qu'aurà ma hilha.

A bòn !

E los valà partits e que m'apliqui, que m'apliqui !

Chic de temps après, n'i a un que 'riba :

Ei acabat patron !

A ! çò ditz, es bien hèita, es minhona, es finholada. Aquò's dau trabalh sonhat. Mès fau aténder los auts. Pausa ta cavilha.

L'aute 'riba en mèmes temps quasi :

Ò ! es minhona aquera tanben ! Sèi content de vòste trabalh. Pausa ta cavilha. Atendem lo tresieme !

Lo tresieme 'riba, las duas mans darrèir l'esquina, apèi lo cap baishat.

E be ! Li dishut lo patron, e ta cavilha ?

Mès patron çò ditz en levans los braç, pòdi pas har de cavilha sens veire lo trauc !

A ! Mon dròlle, aquò's tu qu'auràs ma gojata.

E hiren lo maridatge pas pausa après.

 

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