LO CHANCAIRE.

LO CHANCAIRE

de Claudi Bellòc (Vasadés).

Les échasses portent une pelisse de peau de brebis qui a les franges couleur de feuille et couleur de fougère fanée. Berger de la lande, en sabots et béret, ami de la pie et du rouge-gorge, de la corneille et de la grenouille grise, du serpent et du lézard, c'est toi que connaissent le chêne et le châtaignier, la fougère et l'ormeau, les épines et les peupliers.

Le soleil te trouve perché sur tes échasses. La femme, levée pour faire chauffer le café, t'aide à faire sortir les brebis, ne laissant au parc que celles qui vont agneler. Hier, il pleuvait ; alors le soir elle a accroché ton manteau dans la cheminée, fait sécher béret et chaussettes sur les chenets et changé la paille mouillée des sabots.

Affamé, le troupeau avance. Tu avances sur tes échasses, et il arrive que pour ta femme tu n'es plus qu'un tronc de pin et ton manteau une touffe de châtaigniers. Ton béret, au loin, n'est plus que la tête d'un jeune pin. Aujourd'hui encore, la lande te prend. Alors la femme ferme la porte, elle garde la maison, le feu de la cheminée, la soupe et le pain qui lève.

Vers le milieu de la matinée, la brume qu'a laissée la pluie d'hier se déchire aux pins en lambeaux de chiffons et les épines déchirent la laine des brebis et les brebis déchirent la fougère et le vent déchire les nuages, et la lande apparaît.

Aujourd'hui encore ce pays qui est tien, de toujours, te paraît étrange, âpre, bon et mauvais à la fois. Tu as dû te placer plus haut que l'eau qui, l'hiver, manque de force pour retourner au ruisseau et où ne peuvent passer les sabots, plus haut aussi que les ajoncs qui déchirent la peau. Buissons et ronces croissent à l'aise ; ils ont cependant laissé place à la bruyère, et les ajoncs n'étouffent pas la fougère et les ajoncs si rudes se couvrent de fleurs jaunes et les fleurs jaunes sont un plaisir pour l'œil et la fleur de l'églantier sourit au berger.

Le gel effeuille chênes et châtaigniers sans toucher aux pins ; il tue la fougère et les ajoncs n'en paraissent que plus verts. Le vent secoue chênes et châtaigniers et fait des chatouilles à la bruyère, et les ajoncs habillent la lande et les pins habillent le ciel et la bruyère habille la terre et la fougère met des chaussettes aux pins.

Le troupeau avance et le berger avance. Tu suis le troupeau et le troupeau te suit. Une grenouille grise saute devant les échasses. Curieux, un écureuil saute sur une branche basse, il vous reconnaît et s'en va rassuré. Le rat et le lézard fuient et la fourmi lève la tête. Sur la lande découverte, les hirondelles te tournent autour ; elles ont sur l'aile le noir du béret et sur le ventre le blanc de l'agneau. La pie a aussi sur l'aile le noir du béret et sur le ventre le blanc de l'agneau.

Tu avances, berger, et la lande te prend, elle prend aussi ton troupeau. Les feuilles seules habillent les arbres, une seule pelisse te couvre ; la plume seule habille la pie, tu n'as qu'un béret sur la tête ; les fleurs seules cachent la nudité de l'ajonc, une seule chemise cache ta peau. Le vent fait tournoyer les feuilles, le vent te fait cheminer, il te pousse dans le dos et te tire par devant. Le gel mord les arbres, le gel te mord la peau, et l'eau du ciel qui court en cent ruisseaux sur le tronc des grands pins court sur tes jambes et court sur les sabots.

Et quand le grand vent se lève, souffle, siffle, plie les fougères et plie les ajoncs, remplit le ciel, remplit les bois et les jours. Et quand du ciel tombe la pluie, épaisse comme les aiguilles des pins, eau qui trempa, qui glace et qui n'en finit pas, on te trouve perché parmi les pins, tes échasses en sont le tronc et toi le sommet. Cette méchante terre noire qui vous a donné le jour ne permet que rien vous déracine.

Et étire et file la laine et s'étirent et fuient les nuages et s'étirent et fuient les jours.

L'été fuit et l'hiver vient, les feuilles des chênes tombent et tombent les fleurs jaunes des ajoncs et la brande se dénude. Les pins seuls restent droits, forts, et toi berger sur tes échasses, pas un seul jour tu ne fuis la lande. Vent et pluie ne sont que des chatouilles sur le sommet des grands pins et ne sont que chatouilles pour toi, homme perché, pour ton manteau et sur ta peau couleur de laine.

Le ciel achève de vider son eau, le soleil rit dans l'eau qui s'attache aux feuilles. Et les échasses font danser le soleil dans les flaques d'eau, et dans les flaques le soleil s'émiette en mille morceaux. Les pins qui se mirent à l'envers rient dans les flaques, et le soleil et les pins rient l'un avec l'autre, l'un pour l'autre.

Tu vois midi au soleil, aujourd'hui pour manger tu restes sur tes échasses, appuyé sur ton bâton. L'écureuil ronge sur une branche et l'oiseau se perche sur un épi de blé.

Hier au soir, ta femme a mis du pain et du fromage dans le sac avec un morceau de porc et rempli la gourde de sorbat (boisson de sorbes fermentées).

Un jour il te plaît de faire du feu. Entre trois pierres, le feu naît du briquet à mèche que tu gardes au sec dans un morceau de peau de brebis ; le feu qui est ami de l'homme, qui le sert, que sa vue seule réchauffe, n'a besoin que de quelques poignées de fougères sèches et de brindilles. Tu te chauffes alors pour tout l'après-midi, car elles ne restent pas longtemps sur place, les brebis … Bientôt elles se remettent à paître pour ne s'arrêter qu'au parc.

Je connais un berger qui fit une pause devant le feu et qui rêva … Le pin se battait avec l'ormeau. Chênes et châtaigniers s'envoyaient des coups de pied. Les ronces mordaient les fougères et les ajoncs la bruyère. Le chemin se changeait en ruisseau et le ruisseau en chemin, et les brebis en hommes.

Tu ris, berger. Derrière toi, la brande et les ronces se redonnent la main ; la bruyère et les ajoncs voisinent. Les racines des chênes déchirent le chemin et le chemin reste chemin. Chênes et châtaigniers marient leurs branches. Tu prends aux brebis leur laine et leur lait, et les brebis restent brebis.

Tu ris, berger, et tu sais que chez toi cette paix vient du fait que par ici personne n'enviera jamais son voisin.

C'est pour toi un plaisir de regarder paître les brebis. Elles savent éviter les marécages. Elles savent en été trouver sous la feuille la dernière herbe fraîche, et toi tu trouves alors l'ombre des chênes. Parfois elles se mettent à genoux. On dirait des demoiselles à table quand elles prennent du bout des lèvres une pousse de fougère. D'autres fois, pressées par la faim, elles paissent, dévorent, tondent sans retenue.

Tu écoutes, berger, la voix du vent. Le vent qui siffle dans les pins, tu l'entends, tu le touches et il te touche. Le vent te porte une odeur de fumée et te parle du charbonnier. Le vent s'arrête de siffler et il te porte la voix de la hache du bûcheron. Il te porte un son de cloche et la cloche te parle du village. Le vent te porte la voix du hapchòt, et le hapchòt t'appelle.

C'est alors le plaisir de causer avec un landais ; alors vous échangez tout : les pins, la résine, le troupeau,  le temps, et la femme, et les enfants … les foires passées et futures ; les morts et les mal portants ; les fêtes passées et futures ; la santé et la maladie ; les enfants nés et à naître ;la réussite et la malchance ; les agneaux nés et à naître ; la maison et le jardin, et les mariages passés et futurs.

Les arbres aussi sont tes amis. L'hiver les pins te protègent du vent du nord, et le berger qui se chauffe au soleil voisine avec le lézard, et le lézard ne fuit pas. Quand pour se divertir une branche de chêne t'ôte le béret et t'ébouriffe les cheveux, tu ris. Le chêne te laisse reposer contre son tronc et tu promènes tes mains sur sa peau, et le soleil perce le feuillage de ses yeux et viens se moquer de toi.

La femme t'est une compagnie, la femme qui se fait un mauvais sang noir quand le dernier-né, le couve-au-nid, tousse, et qui t'attend le soir car il faudrait peut-être faire venir le docteur … La femme avec le soin qu'elle met à tenir la maison …

La maison t'est une compagnie avec le rire des enfants qui s'amusent sous la table, avec le chat. C'est le feu, la soupière qui fume, le froid fermé dehors, le vent du nord qui ne peut entrer. C'est encore la tête des enfants penchés sur la table ; et de pouvoir, quand ils sont endormis, parler avec la femme, la tête sur l'oreiller.

C'est pour toi une compagnie la laine que tu étires et que tu files. La laine entre tes doigts, tu la touches et elle te touche, chose morte tu la fais vivre. Il te tient compagnie le fuseau qui tourne tourne ; qui fait une si belle laine et qui tourne encore. Elles te tiennent compagnie, les aiguilles de fer, deux grands doigts qui achèvent une paire de chaussons et qui feront d'autres chaussons, et des chaussettes, et des tricots. Un jour tu achèveras l'avant et le lendemain et le jour suivant une manche, et chaque pièce te seras une compagnie, et tu donneras chaque pièce à ta femme pour qu'elle les assemble. Les chaussons et les chaussettes te tiennent compagnie ; et pendant des jours les guêtres, et pendant plus long-temps le tricot, et pendant des jours et des jours et encore des jours la longue cape qui devra être très épaisse pour t'épargner le vent et l'eau.

Et étire et file la laine et s'étire et avance le troupeau et s'étire et s'achève le jour.

Et tourne le fuseau et tourne le soleil dans le ciel et se retournent les brebis vers le parc.

Et pelotonne la laine et se rassemblent les brebis quand vient le soir.

Et le soleil qui meurt étire les pins sur la lande et grandit le berger ; et le soleil incendie les pins et la lande et habille de feu le berger.

Le vent se lève, passe et fuit. Se lèvent, passent et fuient les nuages. Vent et nuages passent, le ciel demeure. Un vieux pin vermoulu s'abat, un autre naît à côté. Les pins tombent, la lande reste. La lande avec les ajoncs et la bruyère dont les fleurs seules s'ouvrent et tombent. Les fleurs passent, la lande reste.

Un homme vient et passe, le berger reste … Une brebis passe, le troupeau reste. Berger dressé parmi les pins. Troupeau caché parmi les ajoncs.

Berger, dressé sur tes échasses, qui portèrent ton pauvre père, dis-moi pour qui donc sont ces petites échasses que tu façonnes au couteau ?

 

Las chancas pòrtan un priçon de pèth d'agolha qu'a las pimpiulas color de hulha e color de heuguèra fanada. Chancaire de la lana, dab esclòps e barret, amic de l'agaça e de l'arrepit, de l'agraula e de la graolha grisa, de la sèrp e deu lusèrt, aquò's tu que coneishen lo casse e lo castanhèir, la heuguèra e l'olom, los bròcs e los briules.

Lo sorelh te tròba chancat. La hemna levada per hèser cauhar lo cafè, t'aida a aviar las agolhas, ne dishant au parc que las que van anherar. Jèir plavèva ; lavetz au sèir a pindangat lo priçon dens la chaminèia, hèit secar lo barret e las cauças suus chaminaus e cambiat la palha molhada deus esclòps.

Ahamiat, lo tropèth avança. A camas sus tas chancas, arriba que per la hemna n'ès pas mèi qu'una cama de pin e ton priçon un tusquet de castanhèirs. Ton barret, au lunh, n'es pas mèi que lo cabelh d'un joen pin. Anuèit enqüèra, te pren la lana. Lavetz la hemna barra la pòrta, guarda l'ostau, lo huc de la chaminèia, lo topin e lo pan que lèva.

De cap a la mitat de la matinada, la bruma qu'a deishat la pluja de jèir s'esparraca aus pins en tròç de guèlha e los bròcs esparracan la lan de las agolhas e las agolhas esparracan la heuguèra e lo vent esparraca los crums, e apareish la lana.

Anuèit enqüèra aqueth país qu'es ton, de totjorn, te pareish estrange, aspre, bon e maishant tot au còp. As divut te mèter pus haut que l'aiga que, l'ivèrn, n'a pas pro coratge per tornar au riu e on ne pòden passar los esclòps, pus haut tanben que las jaugas qu'esgarraunhan la pèth.

Bròcs e sègas vasen a l'aise, an totun deishat plaça a la tuja, e las jaugas n'estofan pas la heuguèra e las jaugas tan maishantas se capèran de flors jaunas e las flors jaunas son un plaser per l'ulh e la flor de l'arromèc arrí au chancaire.

La torrada es·hulha casses e castanhèirs shens tocar aus pins, tua la heuguèra e la jaugas ne'n pareishen pus verdas. Lo vent segotís casses e castanhèirs e hèi cochicas a la tuja, e la jaugas vestissen la lana e los pins vestissen lo cèu e la tuja vestís la tèrra e la heuguèra bota cauças aus pins.

Avança lo tropèth e avança lo chancaire. Seguisses lo tropèth e lo tropèth te seguís.
Una graolha grisa sauta davant las chancas. Curiós, un gat-esquiròu sauta sus una palanga bassa, vos reconeish, e se'n va tranquilòt.
Hugen l'arrat e lo lusèrt e l'ahromic lèva lo cap. Te virolejan a l'entorn en rasa lana las irondas ; an sus l'ala lo negre deu barret e suu vente lo blanc de l'anhèth. L'agaça a tanben sus l'ala lo negre deu barret e suu vente lo blanc de l'anèth.

Avanças agolhèir, e la lana te pren, pren tanben ton tropèth. Sonque las hulhas vestissen los aubres, un sol priçon te capèra, sonque la pluma vestís l'agaça, n'as pas qu'un barret suu cap ; sonque las flors cachan la jauga nusa, una sola camisa te cacha la pèth. Lo vent viroleja las hulhas, lo vent te hèi caminar, te possa per darrèir, te tira per davant. La torrada nhaca los aubres, la torrada te nhaca la pèth, e l'aiga deu cèu que cor en cent arrius sus las camas deus grans pins te cor sus las camas e cor sus los esclòps.

E quòra la ventena se lèva, boha, shiula, plega las heuguèras e plega las jaugas, plenha lo cèu, plenha los bòscs e plenha los jorns. E quòra deu cèu tomba la pluja, espessa com mas agulhas deus pins, aiga que chonca, que tòrra e que n'acaba pas, que tròban apitat au mitan deus pins, tas chancas ne'n son la cama e tu ne n'ès lo cabelh. Aquera maishanta tèrra negra que vos a hèit vàser ne vòu pas qu'arren vos darròqui lo pè.

E estira e hila la lan e s'estiran e hugen los crums e s'estiran e hugen los jorns.

E hui l'estiu e ven l'ivèrn, e tomban las hulhas deus casses e tomban las flors jaunas de las jaugas e se hèi nusa la brana. Los pins sols damòran drets, hòrts, e tu chancat, pas un sol jorn ne huges la lana. Vent e pluja ne son que cochicas suu cabelh deus grans pins, e ne son tanben que cochicas per tu, òme apitat, e sus ton priçon e sus ta pèth color de priçon.

Lo cèu acaba de voitar son aiga, lo sorelh arrid dens l'aiga que s'estaca a las hulhas. E las chancas hèsen dançar lo sorelh dens los charnòcs, e dens los charnòcs lo sorelh se pica en centenats de bocins. E los pins que se miralhan a l'envèrs arrisen dens los charnòcs. E lo sorelh e los pins arrisen l'un dab l'aute, l'un per l'aute.

Veis mieijorn au sorelh, anuèit per minjar damòras chancat, butat suu pau chanquèir. Lo gat-esquiròu arrosiga sus una branca e l'ausèth s'apita sus un cabelh de hroment.

Assèir la memna a metut pan e hromatge dens lo sarron e tanben un bocin de pòrc e plenhat lo cujon de sorbat.

Un jorn te plai de hèser huc. Entre tres pèiras, lo huc que vai deu briquet a mècha que guardas plegat dens un tròç de pèth d'agolha ; lo huc qu'es l'amic de l'òme, que lo sèrv, e sa vista sola l'escalorís ; n'a besonh que de quauques punhats de heuguèra seca e de secalhas. Te cauhas lavetz per tot l'après-mieijorn, pr'amor que ne damòran pas pausa sus plaça las agolhas … Lèu se tornan botar a pèisher per ne s'arrestar qu'au parc.

Sabi un agolhèir que hit atau una pausa davant lo huc e que saunegèt... Lo pin se trucava dab l'olom. Casses e castanhèirs s'enviavan còps de pès. Las sègas nhacavan las heuguèras e la jaugas lo bruc. Lo camin se cambiava en riu e lo riu en camin, e las agolhas vinèvan òmes.

Arrises, agolhèir. Darrèir tu, brana e sègas se tornan balhar la man ; bruc e jaugas vesinan. Las arrigadas deu casse esgarraunhan lo camin e lo camin damòra camin. Casses e castanhèirs maridan sas brancas. Prenes a las agolhas lèit e lan, e las agolhas damòran agolhas.

Arrises, agolhèir, e sabes qu'a ton aquera patz ven deu hèit que pr'aquí digun n'envegerà pas jamèi l'aute.

Que t'es un plaser d'espiar pèisher las agolhas. Saben esvitar los arrècs e tas chancas esvitan los arrècs. Saben en estiu trobar devath la hulha la darrèra èrba fresca, e tu tròbas lavetz l'ompra deus casses. De còps se mèten de joelhs. Semblan damisèlas a taula quòra prenen deu pòts un capit de heuguèra. De còps, preishadas per la hami, pèishen, chapan, tonen shens retinguda.

Escotas, chancaire, la votz deu vent. Lo vent que shiula dens los pins, l'ausisses, lo tòcas e te tòca. Lo vent te pòrta una audor de humada e te parla deu carbonèir. Lo vent s'arrèsta de shiular e te pòrta la votz deu piolet, e te parla deu buscassèir. Te pòrta un son de clòcha e la clòcha te parla deu vilatge. E lo vent te pòrta la votz deu hapchòt, e t'apèra lo hapchòt.

Lavetz lo plaser de sarmonejar dab un lanusquet ; lavetz escambiatz tot : los pins, la gema, lo tropèth, lo temps, e la hemna, e los mainatges … las fèiras passadas e a véner ; los mòrts e los que son carinquèus ; las vòtas passadas e a véner ; la santat e la malausia ; los mainatges vasuts e a vàser ; l'ostau e lo casau, e las maridèras passadas e a véner.

E les aubres tanben son tons amics. L'ivèrn los pins t'emparan deu vent de bisa, e l'agolhèir que s'escalorís au sorelh vesina dab lo lusèrt e ne hui pas lo lusèrt. Quòra per se divertir una palanga de casse te darriga lo barret e t'esbarreja los peus, arrises. Lo casse te deisha repausar còsta son troish e passejas tas mans sus sa pèth, e lo sorelh hica ulhs dens lo hulhatge e s'en ven  t'escarnir.

La hemna t'es una compania, la hemna que se hèi un maishant sang negre quan lo
darrèir vasut, lo coa-au-nid, tussís e que t'espèra lo dessèir pr'amor que farré benlèu hèser véner lo medecin … La hemna dab lo suenh que mèt a tiéner l'ostau.

T'es una compania l'ostau dab l'arríser deus mainatges que se divertissen dab lo gat devath la taula. Aquò's lo huc, virla sopièra que huma, lo fred barrat dehòra, lo vent de bisa que ne pòt entrar. Aquò's enqüèra lo cap deus mainatges penchats sus la taula, e de poder, quan dròmen, parlar dab la hemna, lo cap suu capsèir.

T'es una compania la lan qu'estiras e que hilas. La lan entre los dits, la tòcas e te tòca, causa mòrta la hèses víver. T'es una compania lo tornèth que vira-vira e que hèi lo hiu tan egau e que vira enqüèra.

Te son una compania las bròcas de hèr, dus grans dits qu'acaban un parelh d'escarpins e que haràn d'autes escarpins e cauças e brochats. Un jorn acaberàs lo davant e lo lendoman e lo jorn qui vira una una los escarpins e las cauças compania, e cada pèça balharàs a la hemna per que monti lo brochat. E te tienen compania los escarpins e la cauças, e pendent mèi de jorns los trabucs, e enqüèra mèi de jorns lo brochat, e pendent jorns e jorns e enqüèra jorns la ropa que diurà estar hòrt espessa per t'esparanhar lo vent e l'aiga.

E estira e hila la lan e s'estira e avança lo tropèth e s'estira e s'acaba lo jorn.

E vira lo tornèth e vira lo sorelh dens lo cèu e s'arreviran las agolhas de cap au parc.

E agumèra la lan e s'arreman las agolhas quan ven lo dessèir.

E lo sorelh que mòi estira los pins sus la lana e grandís lo chancaire ; e lo sorelh aluca los pins e la lana e vestís de huc lo chancaire.

Se lèva, passa e hui lo vent. Se lèvan, passan e hugen los crums. Vent e crums hugen, damòra lo cèu. Un vielh pin se cussona e cai, un aute vai a costat. Los pins casen, la lana damòra. La lana dab las jaugas e la tuja qu'an las flors que solas se daubrissen e tomban. Las flors passan, la lana damòra.

Un òme ven e passa, l'agolhèir damòra … Una agolha passa, lo tropèth damòra. Chancaire quilhat capvath los pins. Tropèth cachat capvath las jaugas.

Chancaire, apitat sus las chancas, que portèren ton praube pair, diga per qui donc son aqueras chancòtas que trabalhas au cotèth ?

 

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