LO PIFRAIRE.

LO PIFRAIRE

de Feliç Arnaudin (Gran Lana).

Il y avait une fois un garçon qui était habile en beaucoup de choses. Il était surtout fort bon sonneur : il n'avait pas son pareil pour faire résonner le fifre ; et comme il allait souvent faire danser, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, pour gagner quelques sous, on ne l'appelait guère autrement que le joueur de fifre.

Un jour qu'il revenait d'une assemblée, en passant sur le bord de la rivière, il aperçut à ses pieds un gros brochet étendu sur le sable, la bouche ouverte, et qui semblait déjà à moitié mort.

–  Adieu, joueur de fifre, dit le poisson.

–  Adieu, brochet, dit l'autre.

–  Voudrais-tu me rendre un service ?

–  Pourquoi pas, si je peux ?

–  Tout à l'heure, en sautant, je suis tombé hors de la rivière, et je vais périr ici, tu le vois, si tu ne viens pas à mon aide. Remets-moi dans l'eau, je t'en prie. Si jamais, à ton tour, tu te trouves dans l'embarras, je ferais, moi aussi, tout ce que je pourrais pour toi.

–  Hé! Que veux-tu pouvoir faire pour moi ? dit en riant le jeune homme.

–  On ne sait pas ! dit le brochet.

Le joueur de fifre ramassa le poisson, le remit dans la rivière, puis il reprit son chemin, et s'éloigna en sifflant.

 

Un peu plus loin, il entendit encore une autre voix près de lui :

–  Adieu, joueur de fifre.

Le garçon regarda à ses pieds, à l'endroit d'où venait la voix : il finit par apercevoir sur lle sable une fourmi blessée ; elle semblait n'en pouvoir plus, à peine se traînait-elle.

–  Adieu, fourmi, dit-il.

–  Je voudrais te demander un service.

–  Dis toujours, je verrai  ce que je pourrai faire.

–  Je me suis blessée, je ne peux plus marcher, et  je vais mourir ici si tu

n'as pas pitié de moi. Je t'en prie, porte-moi à la fourmilière. Si tu te trouves un jour avoir aussi besoin d'aide, je me souviendrais de ce que tu auras fait pour moi.

–  Que veux-tu que je puisse attendre de toi, pauvre bestiole ?

–  Sait-on jamais ! dit la fourmi.

Le joueur de fifre la ramassa, comme il avait fait du poisson, et alla la porter à la fourmilière, à quelques pas de là, puis il se remit à marcher, sans y penser davantage.

Un peu plus loin, une abeille se trouve aussi sur son chemin.

–  Adieu, joueur de fifre.

–  Adieu, abeille.

–  Est-ce que tu voudrais me rendre un service ?

–  Pourquoi pas, s'il y a moyen ?

–  Je viens de me déchirer une aile, je ne peux plus voler ; de grâce, porte-moi au rucher, ne m'abandonne pas ici ; peut-être qu'un jour ou l'autre, je te revaudrai cela.

–  Eh ! Pauvrette, quand tu le voudrais, que pourrais-tu jamais faire pour quiconque ?

–  Qui sait ? répondit l'abeille.

Le joueur de fifre se baissa, la ramassa avec grand soin, et la porta au rucher, qui se trouvait là tout près. Puis il reprit son chemin et arriva à la maison.

Ce garçon était si adroit, si adroit,, et il réussissait toujours si bien dans ses affaires, que certains disaient qu'il y avait du plus ou du moins là-dessous et qu'il devait être un peu magicien, pour sûr. Et comment donc autrement ? Il venait à bout de tout ce qu'il lui prenait fantaisie de faire ! Voilà ce qu'on disait ! Si bien que le roi finit pas avoir vent de tout cela, et un jour il lui fit savoir qu'il eût à venir le trouver chez lui, tout de suite, pour certaines affaires, et qu'il n'y manquât point. Cet ordre étonna fort le joueur de fifre, il avait grand-peur que ce ne fût rien de bon mais que faire quand le roi parle si ce n'est obéir ?

Il partit donc sans tarder, et quand il fut arrivé au château du roi, celui-ci lui dit :

–  On m'a assuré que tu avais un très grand pouvoir, et que tu venais à bout de tout ce que tu te mettais dans l'idée de faire. À présent, je veuxsavoir ce qui en est. Tu vois cette clef ? C'est celle de mon trésor. Je vais la jeter dans la rivière, et il faut que dans une heure tu me l'aies rapportée ici. Si tu ne me l'as pas rapportée dans une heure, je te ferais pendre.

En disant cela, le roi se lève, s'approche de la fenêtre et jette la clef droit au milieu de l'Adour qui passait près de là.

–  Je suis perdu, pensa le joueur de fifre ; maintenant, personne au monde ne retrouvertait cette clef.

Et il s'en alla, tout triste et la tête basse, et se mit à se promener, le long de la rivière, sans savoir que faire. Il avait beau songer et se creuser la cervelle, le pauvre garçon ne voyait aucun moyen de conserver sa vie. Comme il marchait, il aperçut tout d'un coup un gros brochet qui fendait l'eau en s'avançant vers lui, et, quand il fut près du bord, ce brochet se mit à dire :

–  Qu'as-tu donc aujourd'hui, joueur de fifre ? Tu n'es pas gai, ce me semble.

–  Que veux-tu que j'aies ? répondit l'autre, on ne peut pas toujours rire.

–  Tu es si soucieux, ce n'est pas pour rien. Je veux savoir ce qui te tourmente.

–  Si tu y tiens tant, je peux bien te le dire, cela n'y fera ni plus ni moins. Le roi m'a fait appeler, il a jeté la clef de son trésor au milieu de l'Adour et m'a dit que si dans une heure je ne lui avais pas rapporté cette clef, il me farait pendre. Puis-je me réjouir ?

S'il n'y a que cela, dit le brochet, ne te fais plus de mauvais sang, je peux te tirer d'affaire. Te souviens-tu quand tu me trouvas à moitié mort sur le bord de la rivière et que je te priai de me remettre dans l'eau ? Tu le fis, et tu me sauvas la vie. Moi, aujourd'hui, je veux en faire autant pour toi.

Cela dit, le brochet se retourne et plonge au fond de l'eau, et au bout d'un moment il reparaît et arrive près du bord, portant la clef dans sa bouche. Voilà le garçon content ! Tout l'or de la terre ne lui aurait pas donné plus de joie. Il prend cette clef, en remerciant bien le poisson, et court la présenter au roi, sans perdre de temps.

–  C'est très bien, lui répondit le roi, il n'y a rien à dire ; je vois que tu n'es pas un sot, mais tu n'as pas encore fini. Maintenant je vais faire éparpiller  un sac de millet dans le bois, au milieu des broussailles, et si dans une heure tu n'as pas ramassé tout ce millet, sans qu'il y ait seulement un grain à dire, il n'y a que la potence pour toi.

Puis le roi appela son valet et lui donna l'ordre de prendre un sac de millet au grenier et d'aller éparpiller ce millet dans le bois, au plus épais du fourré, ce qui fut fait sans tarder.

Voilà donc le joueur de fifre bien chagriné encore.

–  Le roi veut ma mort, pensait-il, cette fois je ne m'en tirerai pas. Qui viendrait à bout de cette tâche ?

Cependant, il se dirigea vers le bois et s'assit tristement, la tête dans ses mains, tout désolé de son malheur. Comme il était là à réfléchir, les yeux fixés vers la terre, il aperçut une fourmi arrêtée devant lui et qui semblait le regarder, et cette fourmi se mit à dire :

–  Te voilà bien sombre, joueur de fifre ! Pourrais-je savoir ce qui se passe ?

–  Que veux-tu qu'il se passe ? dit le garçon. Et d'ailleurs, quand j'aurais quelque peine, que me servirait de te le dire.

–  Plus que tu ne crois, peut-être. Conte-moi ce qu'il y a seulement.

–  Puisque tu y tiens, je vais te l'apprendre. Le roi a fait éparpiller un sac de millet parmi les broussailles du bois, en me disant que si dans une heure je n'avais pas ramassé tout ce millet, autant qu'il y en a, jusqu'au dernier grain, il me ferait pendre. Je vois bien que j'ai fini de vivre.

C'est tout ? répondit la fourmi. Eh bien, mon ami, laisse là ta tristesse, je peux te tirer d'embarras. Te souviens-tu qu'un jour j'eus besoin de ton aide ? J'étais blessée, je ne pouvais plus marcher, tu me portas à la fourmilière. Sans toi, je serais morte, je ne l'ai pas oublié, et à mon tour, maintenant, je te sauverai la vie.

Ayant dit cela, elle disparut devant lui, et quand elle revint au bout d'un moment, elle avait derrière elle toute la fourmilière qui se répandit aussitôt de tous côtés dans le bois et se mit à ramasser le millet ; de sorte que la garçon n'eut qu'à se croiser les bras et regarder faire, en moins de rien tout était ramassé sans qu'il y eût seulement un grain à dire. Et quand le roi vint pour voir, il fut de nouveau bien surpris de trouver tout fait comme il l'avait ordonné.

Il dit au joueur de fifre :

–  C'est bien, mon garçon, c'est même fort bien ; tu as le diable entre les deux yeux, ce n'est pas à faux qu'on te vante ; seulement tu n'en es pas quitte encore. Maintenant, voici, j'ai trois filles, toutes les trois très belles, et si ressemblantes que c'est à peine que je peux les distinguer moi-même, et l'une d'elles est amoureuse de toi. Demain, j'irai les conduire à la sainte table, et quand elles seront dans l'église il faudra que tu saches me dire, devant tout le monde, quelle est celle qui t'aime.  Si tu devines, elle sera ta femme, tu l'épouseras ; si tu te trompes, tu seras pendu.

Le pauvre joueur de fifre se trouva encore aussi embarrassé que jamais. Épouser la fille du roi, bon, ce n'était pas cela qui pouvait lui faire peine, mais jamais, ni de près ni de loin, il n'avait vu aucune de ces trois jeunes filles : comment reconnaîtrait-il celle qui l'aimait ? Il s'en retournait donc tristement, pensant bien que tout était fini pour lui à ce coup, lorsqu'une abeille vola dans le chemin à sa rencontre et lui demanda ce qui lui était arrivé de fâcheux, qu'il faisait si piteuse mine.

–  Je n'ai pas trop de quoi m'égayer non plus ! répondit le garçon.

Et il lui conta tout de suite son affaire, ajoutant qu'il se voyait bien perdu, que rien, maintenant, ne pouvait lui venir en aide.

–  C'est ce qui te trompe, dit l'abeille. Te souviens-tu qu'un jour tu me trouvas sur ton chemin alors que je venais de me briser une aile, et que tu allas me porter à la ruche ? Tu me sauvas la vie ; aussi, à présent, je te rendrai le même service. Demain matin, quand le roi entrera dans l'église, avec ses trois filles, je serai là ; tu me verras voler autour de la tête de l'une d'elles, et je le ferai si bien qu'elle finira par prendre son mouchoir et l'agiter pour me chasser. Regarde, ne te trompe pas, c'est celle-là que tu devras désigner au roi.

Ainsi dit l'abeille. Le joueur de fifre voulut la remercier, mais quand il ouvrit la bouche elle avait déjà disparu. Il reprit donc son chemin, et s'en revint content et joyeux à la maison.

Le lendemain matin, quand on sonna la messe, le roi arriva et entra dans l'église, avec ses trois filles, toutes trois ressemblantes, toutes trois bien faites, belles comme beaux miroirs. Le joueur de fifre, tout émerveillé, suivait à quelques pas.

–  Jamais, pensait-il, aucune de ces belles demoiselles ne deviendra ta femme !

Mais quand elles se furent assises, il ne tarda pas à voir l'abeille qui arrivait à l'heure dite : elle vola droit vers l'une d'elles et se mit à bourdonner autour de ses cheveux et de son visage, se rapprochant toujours, jusqu'à toucher ses paupières, tant qu'à la fin la fille du roi tira son mouchoir et se mit à l'agiter pour la chasser de devant elle. Alors le garçon se leva bien vite et il dit au roi :

–  C'est celle qui chasse une abeille de ses cheveux avec son mouchoir, qui tient à moi.

À peine avait-il achevé que l'abeille s'envola, avec un bruit joyeux, et elle diparut. En même temps, le roi prit la parole :

–  C'est vrai, dit-il, c'est bien celle-là, et puisque tu as deviné, elle est à toi, tu l'épouseras.

Et le joueur de fifre se vit donc ainsi au bout de toutes ses peines, et, qui mieux est, il épousa la fille du roi qui était amoureuse de lui.

Qu'i avè un còp un gojat qui èra abinle en hòrt de causas. Qu'èra, susquetot, hòrt bon sonaire. N'avè pas son parion per har ternir lo pifre. E com anava sovent har dançar, tantòst d'un estrem, tantòst de l'aute, per s'amassar quauques piaucs, qu'èra vinut per la fin l'aperavan pas mei sonque lo pifraire.

Un jorn se'n tornava d'ua assemblada, en passant suu bòrd de l'arribèira se va véder aus sons pès un gran brochet estinut aquí suu sable, tot boca-ubèrt : semblèva dijà meitat mòrt.

–  Adiu, pifraire, ce dit lo peish.

–  Adiu, brochet, ce dit l'aut.

–  E'm vorrés pas har un servici ?

–  Perqué pas, se puish ?

–  Totara, en sautants, que sui tombat en hòra de l'arribèira, e que vau prir ací, qu'ic veis, se vens pas a la mia ajuda. Torna-me hens l'aiga, t'en pregui. Se jamés, au ton torn, te tròbas en las coentas, que harèi, jo tanben, tot çò que puirèi per tu.

–  Hé! Que vòs-tu jamés poder har per jo ? ce dit lo gojat en arridents.

–  Saben pas ! ce dit lo brochet.

Lo pifraire qu'ammassèt lo peish, que lo portèt hens l'aiga, e se tornèt préner son camin, se'n anót en shiulants.

Un tròç mei en avant, que va enténer unqüèra una auta vutz au costat d'eth :  – Adiu, pifraire.

Lo gojat qu'espia aus sons pès, a l'indret d'on vinèt aquera vutz. Que fenit per véder suu sable un ahromic blassat ; semblèva en podossir pas mei, tot dolh se se trajeva.

–  Adiu, ahromic, ce dit.

–  Que't vorrí domandar un servici.

–  Dit totjamei, que veirèi çò que puish har.

–  Que'm sui blassat, puish pas mei n'anar, que vau morir ací, segur,

s'as pas pietat de jo. Te'n pregui, pòrta-me a l'ahromiguèira. Se te tròbas un jorn aver tanben daun d'ajuda, que'm sovirèi de çò qu'auràs hèit per jo.

–  Que vòs-tu jamei que pusqui m'aténer de tu, prauba bestiòta ?

–  Saben de bèth, ce dit l'ahromic.

Lo pifraire se'u pren, com avè hèit au peish, que lo va portar a l'ahromiguèira, qu'èra un tròç lunh d'aquí. E se tornèt méter a marchar, e n'i pensèt pas mei.

Un chic mei en avant, ua abelha se trobèt tanben suu son camin.

–  Adiu, pifraire.

–  Adiu, abelha.

–  Em vorrés-tu har un servici ?

–  Perqué pas, se i a mojen ?

–  Que veni de m'esquiçar ua ala, push pas me'n volar : en gracia, pòrta-m'au caune, m'abandonís pas ací ; benlèu un jorn o l'aut que t'arreparerèi aquò.

–  Hé ! Prauba harda, con mèmes vorrés, que poirés-tu jamei har per digun ?

–  Qui sap ? ce dit l'abelha.

Lo pifraire s'abaishèt, l'amassèt bien dab suenh, e l'anot portar a l'abelhèr, qu'èra aquí au costat. E se tornèt méter en camins, qu'arribèt a socasi.

Aqueth gojat qu'èra tan adret, tan adret, e que russiva totjamei tan bien en sons ahars, que n'avé que diden qu'i avé mei o mens aquí-devath e que calé qu'estessi un chic magicien, segur. E com donc autament ? Que viné en cap de tot çò que li prené fantesia de har ! Vaquí çò que diden. De mòdas, au mens, lo rei que fenit pr'aver hum de tot aquò, e un jorn que'u hit assaber qu'aussi a lo vir trobar suu còp a soscasi pr'un ahar,a n'i manquesii pas. Aqueth orde qu'estonèt hòrt lo pifraire ; qu'avé bien paur n'estossi p'arren de bon, mes que har, com lo rei parla, arreson qu'aubeïr ?

Que partit donc, shent trigar, e com estot arribat au castèth deu rei, aquest que li dishot :

–  Que m'an assegurat qu'avés un hòrt gran poder, e que vinés en cap de tot çò que't prené l'ireia de har. Adara que vui saber çò que n'es.

Veis aquesta clau ? Qu'es la deu mon tresaur. Que la vau sogar hens l'arribèira, e que cau qu'entercí ua òra que me l'ajis tornada portar ací. Se l'èi pas 'ntercí ua òra, que't hessi pénder.

En disents aquò, lo rei se luva, que s'apròcha de la frinèstra, e que sòga la clau au dret au miei de l'Edor, que passèva pròche de'quí.

–  Sui perdut, ce's pensa lo pifraire, digun au monde troberé pas mei aquera clau.

E que se'n va, tot trist e cap-baishat, se bot a se passejar, de long de l'arribèira, shent saber çò que har. Qu'avé bèth sonjar e se crusar lo cervèth, lo praube gojat vedé pas nat mojen de se sauvar la vita. En bèth se passejant, se va véder tot de còp un gran brochet que hadé héner l'aiga en vinent de cap ad'eth, e com estot pròche deu bòrd, aqueth brochet se bot a díser :

–  Qu'as donc tu uei, hòu pifraire ?  Es pas 'smerit, ce'm sembla.

–  Que vòs qu'agi ? Ce dit l'aut, podem pas tanpauc totjamei arríder.

–  Que hèis tan lèd, es pas pr'arren. Que vui saber çò que't termenta.

–  Se tan i tens, t'ic puish bien díser, i harà pas ni mei ni mens. Lo rei que m'a hèit aperar ; qu'a sogat la clau se son tresaur au miei de l'Edour, e que m'a dit que s'entercí ua òra li aví pas tornat portar, que'm hadé pénder. Veis se'm puish rejoïr.

–  S'i a pas qu'aquò, ce dit lo brochet, te hessis pas maishant sang, que't puish tirar de cuentas. Te sovèns com me trobères suu bord de l'arribèire, e que't preguèri de'm tornar dehens l'aiga ? Qu'ic hires, e que'm sauvères la vita. Jo, uei, qu'en harèi autan per tu.

Tanlèu aquò dit, lo brochet s'arrevira, que plonja au hons de l'aiga, e au cap d'ua pausa que torna paréisher e qu'arriba pròche deu bord, dab la clau entermei las dents.

Aqueth gojat, content ! Tot l'aur deu monde li auré pas hèit mei de plesir. Que pren aquera clau, en arremerciant bien lo peish, e que cor l'aapresentar au rei, shens pérder temps.

–  Qu'es hòrt bien, ce'u respon lo rei, i a p'arren a díder ; que vei n'es pas lo pec, mes n'as p'acabat unqüèra. Adara que vau har esparejar un sac de pagins dehens lo bòsc, au barreir deus brosters, e s'entercí ua òra n'as pas tornat amassar tot aqueths pagins shens qu'i agi tanseloment un gran a díder, i a pas que la potença per tu.

Puish lo rei qu'apèra lo son veilet, que'u manda de préner un sac de pagins au graèr, e d'anar 'sparejar aqueths pagins hens lo bòsc, bien au barreir de la husta, çò qu'estot hèit shens trigar.

Vaquí donc lo pifraire tot chegrinat unqüèra.

–  Lo rei que vòu la mia mòrt, ce's pensèva, aquest còp me'n tirarèi pas. Que viré un còp d'aquò ?

E se'n anot de cap entau bòsc, e se sheitèt sus un tronc, lo tem enter las mans, tot desolat de son malure. Com èra aquí a sonjar, los uelhs decap a tèrra, se va avisar d'un ahromic qu'èra estangat davant e, semblèva que l'espiessi, e aqueth ahromic se hica a díser :

–  Hèis bien lèd, uei, pifraire ! Puirí saber çò que s'i passa ?

–  Que vòs que s'i passa ? ce dit lo gojat. E d'alhors, quan quauqua pena aurí, que'm serviré de te la díder ?

–  Benlèu mei que n'as ahida. Apren-me çò qu'i a seloment.

–  Pusque tan i tens, que t'ic vau díder. Lo rei qu'a hèit esparejar un sac de pagins hens lo bòsc, au barreir de la husta, en me disents que si en ua òra d'ací n'aví pas tornat amassar tots aqueths pagins, tan com n'i a, dinc'au darrèr gran, que'm haré pénder. Que veis bien adara qu'èi acabat de víver.

–  Es aquí tot ? ce dit l'ahromic. Ebé, monòme, deisha aquí ton trister, que't puish sortir de coentas. Te sovens un jorn qu'avori daun de tu ? Qu'èri blaçat, desgais se podí n'anar, que'm portères a l'ahromiguèira. Shens de tu que serí mòrt, n'ic èi pas desoblidat, e adara, au mon torn, jo que't sauvarèi la vita.

Tanlèu aquò dit, que despareishot de davant eth, e com tornèt, au cap d'ua pausa, qu'avé de-darrèr eth tota l'ahromiguèira, e aquiths ahromics que començan a s'esparejar capvath l'ahorest, e se hican ad amassar pagins, e amassar pagins : de mòdas lo gojat n'avot pas qu'a 'spiar har e se crozar los braç, en un vira-codic tot qu'estot amassat, shens qu'i avossi tan seloment un quite gran a díder. E com lo reivinot per véder, qu'estot unqüèra bien susprés de trobar tot hèit com ic avé mandat. Ce dit au pifraire :

–  Qu'es bien, monòme, qu'es mèmes hòrt bien ; qu'as lo diabble enter l'un uelh e l'aut, te vantan pas briga a faus ; seloment n'ès pas quitis unqüèra. Adara, vací, qu'èi tres hilhas totas las tres hòrt bròjas ; que se semblan tan entr'iras, desgais se me las puish reconéisher jo-mèmes, e qu'i n'i a ua qu'es amorosa de tu. Doman, que las herèi miar a la senhta taula, e com  sin hens la glisa, que carrà que'm sabis díser, davant tot lo monde, quau es la qui t'aima. S'endovinas, que serà la ton hemna, que l'esposaràs ; se't trompas, que seràs pendut.

Lo praube pifraire se trobèt unqüèra autan 'mpipiatjat com èra estat jamei. Esposar la hilha deu rei, bon, èra p'aquò que podé li har pena, mes jamei, ni de lunh ni de pròche, n'avé vist nada de'quiras tres gojatas : com reconeisheré la qui l'aimava ? Se'n tornava donc tot trist, en querdent bien que tot qu'èra fenit pr'ad-eth aquest còp, com se va véder per-dret deu camin ua abelha que viné 'n volants au davant d'eth, e aquera abelha s'estanga, en li domandant çò que li èra arribat de fachós, que hadé yan prauba mina.

–  Èi pas quan tròp de que m'engalherir, ce respon lo gojat.

E li condèt de tira son ahar, en disents que se vedé bien perdut, qu'arren ne li podé portar ajuda.

–  Qu'es çò que't trompa, ce dit l'abelha. Te sovèns, un jorn,  que'm trobères suu ton camin, que vini  de'm copar ua ala, e que m'anores portar au caune ? Que'm sauvères la vita ; tanben, jo, adara, que't rendrèi lo même servici. Doman matin, com lo rei hentri hens la glisa dab los sons tres hilhas, , jo que serèi aquí ; que'm veiràs volar a qu'e l'entorn deu cap de l'ua d'iras, e que harèi de mòdas que fenirà per se préner lo mochoère e s'en servir per m'ahundar. Espia bien, te trompis pas, qu'es aquèra-aquí que carràs muishar au rei.

Atau dishot l'abelha. Lo pifraire la volot arremerciar, mes com aubrit la boaca, qu'avé dijà despareishut. Se pren donc lo camin, de cap entà socasi, e que se'n va tot content.

L'endoman matin, com trangarèn la messa, lo rei qu'arriba e qu'entra hens la glisa, dab las soas tres hilhas, totas tres parièras, totas tres bien hèitas, bròjas com bèths miralhs. Lo pifraire, tot esmiraglat, seguiva d'un tròç lunh.

–  Jamei, ce's pensava, nada de'quiras bèras damisèlas ne serà la toa hemna !

Mes com s'estoren seitadas, triguèt pas de véder l'abelha qu'arribèva a l'òra dita : se'n anot au dret de cap en d'ua d'iras, e se bot a li somsonejar autorn deu puu e de las maisheras, viu viu viu viu, en s'aprochant de mei 'n mei dinc'au redís de las perpèras, tan, per la fin, la hilha deu rei se tira lo mochoère de la pòcha, e se hica a lo har anar a tot estrem, per se la sortir de davant. Autanlèu, lo gojat que se luva, e que dit au rei :

–  Qu'es la qui se caça ua abelha deu puu dab son mochoère que ten a jo.

Desgais s'avé acabat, l'abelha que gaha la volada, e que despereishot. En même temps lo rei que pren la paraula :

–  Qu'es vrai, ce dit, qu'es bien aquera, e pusqu'as endovinat, qu'es la toa, que l'esposaràs.

E lo pifraire se vit donc atau au cap de totas las soas penas, e, qui mélher es, qu'esposèt la hilha deu rei don èra amorosa d'eth.

 

E tric e tric, lo conte deu Pifraire es fenit ...

e tric e trac, lo conte deu Pifraire es acabat !

Jo que montèri sus un chivau gris,

M'en tornèri a Parantis.

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